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Sinti Cirus: le cirque imaginaire de la petite Lyuba
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SINTI CIRCUS de la compagnie Célimène, Globule et Anonyme
Spectacle jeune public de 2 à 10 ans/Théâtre, marionnettes, chansons
Durée : 45 à 50 minutes
Avec :Nathalie ROUBAUD : jeu, chant, manipulation, danse (Ménika) et Jullien ARNIAUD : jeu, chant, guitare, accordéon (Mirko) et 11 marionnettes
Création décors et marionnettes : Nathalie ROUBAUD (en résidence à L’Atelier Idéal)
Costumes : Céline DOLZ/Photos : Éric BRUNEL
Création en résidence au Théâtre des Chartreux
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Sinti Circus ou comment parler de la sédentarisation des gens du voyage aux enfants
Cette création, présentée au Théâtre des Chartreux à Marseille le 18 avril, parle des gens du voyage et de leur vie d’aujourd’hui, notamment leur sédentarisation récente, au travers des yeux d’une petite fille, Lyuba. Cette dernière s’ennuie dans sa grande chambre car « avant, toute sa famille vivait sur la route », voyageant toujours : certains travaillaient dans des cirques, d’autres étaient musiciens, chanteurs ou danseurs… Alors, la petite fille songe à un cirque, le Sinti Circus. Le spectateur est transporté comme par magie dans ce monde merveilleux et rêvé qu’elle a imaginé, coloré et joyeux où chaque personnage propose des numéros farfelus et drôles.
Nathalie Roubaud, artiste complète, chanteuse, danseuse, marionnettiste et conteuse, interprète Ménika, une jeune femme d’origine tzigane qui veille sur la petite Lyuba. Tantôt narratrice, tantôt actrice du spectacle, elle est accompagnée de son acolyte musicien, Jullien Arniaud, accordéoniste et guitariste de talent. Ce dernier, interprète de Mirko, un personnage taquin, se plaît avec un humour pince sans rire à contrarier le bon déroulement du spectacle, désobéissant avec malice aux ordres de sa collègue. Une complicité nait au fil de la représentation entre les deux personnages : Mirko accompagne tout en finesse et justesse, musicalement et avec des bruitages adéquats, Ménika à la guitare lorsqu’elle conte avec Orkan, le hérisson, l’histoire du prince transformé en hérisson par un mauvais sort. La musique en juste harmonie avec la narration joue ici un rôle important et permet au récit des respirations bienvenues.
Les deux acolytes nous offrent à découvrir un univers joyeux et intimiste où les marionnettes cabotines prennent vie (le duo Gabor et Myosotis, en marionnettes conteuses, est délicieux), exécutant pour certaines des numéros improbables qui s’enchainent comme dans une cirque ambulant (Orkan le hérisson qui tente vainement et contre son gré de sauter sur un château de petits seaux de plage est hilarant, celui des puces sauteuses bien nommées Globule et Anonyme avec leur triple ou quadruple salto est fort drôle) ou interprétant pour d’autres des chansons revues et corrigées (l’interprétation de l’Orange du marchand, version Paula la poule pas volée en duo avec Mirko est à mourir de rire, sans oublier le medley Gyptis de Lulu, l’abeille superstar à rayures jaunes et noires).
Nathalie manipule avec doigté et dextérité les marionnettes qu’elle a conçu elle-même, des Muppets aux personnalités fortes (Patapov, l’ours mal léché au cœur d’artichaut qui refuse d’être un chien savant et propose à qui les veut des câlins gratuits ou Orkan, le hérisson séducteur, folâtrant avec Ménika) et auxquelles elle donne tout simplement vie sous le regard hypnotisé des enfants et des grands ; car, en effet, non seulement le travail de voix de Nathalie est impeccable (propre à chaque personnage, allant des graves aux aigus avec facilité et aisance, qu’il s’agisse des voix chantées ou parlées), et le rapport intime qu’elle tisse avec ses personnages est palpable : la scène où elle couche Lyuba est d’une beauté incroyable, telle une maman qui met sa petite fille au lit après lui avoir raconté des histoires et la borde en lui apportant ses doudous préférés, Lulu et Paula.
Ce spectacle sur la culture tzigane mêle avec bonheur les clichés sur les gens du voyage, voleurs de poule, diseurs de bonne aventure, les détournant avec humour… et la réalité de leur vie, propre à leur culture où la fête, la musique, la danse et le chant sont premiers. Cette création, intelligente et bien écrite, avec une mise en abyme bien pensée, permet aux enfants de s’identifier à cette petite fille. L’aspect musical et dansant du spectacle a aussi beaucoup enchanté les petits qui n’ont pas hésité à envahir la scène pour danser avant de se rasseoir pour écouter la fin du récit.
Un spectacle interactif et de qualité qui a ravi petits et grands, au cour duquel on ne s’ennuie point, et dans lequel la beauté et la magie du théâtre se révèlent avec autant de bonheur que les deux interprètes sont de grand talent et extrêmement généreux sur scène. Une création fort aboutie sur les conditions de vie des gens du voyage que nous vous recommandons très chaudement et qui dans l’esprit avec son aspect onirique n’est pas sans rappeler « Lili Beth » ou « Papy Firmin dans les étoiles » ! Un grand bravo à la compagnie Célimène, Globule et Anonyme. DVDM
En tournée : Mercredi 22 Avril à 15h00 à SISTERON pour le festival de marionnettes; puis à partir du samedi 25 avril à Aix à La Fontaine d’Argent pour 7 représentations et les 5 et 23 Mai à L’Archange Théâtre
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L’Avare de Molière
Mise en scène de Jean-Louis Martinelli
Théâtre Toursky(Marseille),17-18 Avril 2015
La célébration de L’Avare comme illustration du théâtre classique français ne doit pas nous faire oublier que le public de 1668 a boudé cette oeuvre et lui a même réservé un accueil médiocre,déconcerté par l’emploi de la prose en un temps où les convenances dramatiques exigeaient l’écriture versifiée pour la grande comédie en cinq actes.Il faut reconnaître qu’après Le Misanthrope et Le Tartuffe,Molière se faisait concurrence à lui-même, en créant à la hâte, à partir d’une marqueterie d’emprunts allant de Plaute à Boisrobert,une comédie mélangeant les registres du drame et de la farce, alliant le réalisme et la fantaisie,le burlesque et le romanesque invraisemblable.
Il est par ailleurs remarquable qu’après la cabale des dévots,Molière ait présenté au public,à travers Harpagon,l’image d’une âme ravagée par la puissance corruptrice de l’argent qui se substitue à l’amour de Dieu,litanie des prédicateurs du temps, et soit entré en connivence avec la censure chrétienne de la cupidité.Mais si l’avarice apparaît,somme toute, comme la compensation affreuse que se donne un homme à qui la vie échappe dans le naufrage de la vieillesse,l’esthétique du ridicule qui caractérise cette pièce oblige l’interprète du rôle à se faire instrument de pénétration des égarements obsessionnels et de la folie hallucinée.
Dans la mise en scène de Jean-Louis Martinelli qui se caractérise par un anachronisme déconcertant de costumes et de comportements contemporains au regard du registre suranné de la langue du Français classique(parler de hauts-de-chausses,d’aiguillettes,de rubans,de fraise à l’antique,de carrosse,ne rime à rien ici!),Jacques Weber incarne un Harpagon sombre,clairvoyant,pathétique,à peine burlesque,qui n’utilise même plus,dans l’esprit de la tradition,les ressources du rôle,en particulier les lazzis.Vieil homme de qualité,bourru,difficile,intraitable,d’une haute stature,il ne correspond plus à l’image du personnage moliéresque,soucieux d’effets comiques.Et la performance de cet acteur qui s’arroge le rôle vedette(et décède à la fin du spectacle devant sa cassette-sac poubelle)ne s’intègre malheureusement pas à la cohérence de la mise en scène pour nous révéler l’unité dramatique d’un ensemble. Philippe Oualid
Dernier weekend end pour Douce d’après Dostoïevski !
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« Douce », d’après Dostoïevski par la Cie Zertsala, une association dont le but est de promouvoir via les arts vivants la littérature russe, est encore à l’affiche ce weekend end du 24 et 25 avril 2015 à 19h30 à l’atelier de Mars sis 44 rue du refuge au Panier à Marseille.
Dostoïevski, connu pour son étude de l’âme humaine, dont il sonde les tréfonds (qui ne se rappelle pas de « l’Idiot », du même auteur), révèle ce que nous avons de plus fou, absurde, trivial au fond de notre être, au cœur de notre intimité. Ici, « Douce », d’après une de ses nouvelles, est un drame classique, où, en l’espace d’une nuit, le personnage central se retrouve transformé. C’est l’histoire d’une femme qui se suicide et de l’homme qui reste, qui ne comprend pas. Mais qu’est ce qui a pu pousser cette femme à commettre cet acte irréparable ? C’est ce que retrace cette pièce qui s’attache à l’essentiel, cet amour de l’autre. L’homme tente alors de se reconstruire. Sa recherche de paix intérieure pour retrouver l’espoir est ici mise en scène sur fond de décors sobres, éclairés par des jeux de lumière sombres, et où l’accent est mis sur le jeu des comédiens.
Ce spectacle, créé en Russie, à Saint-Pétersbourg, est présenté exceptionnellement à Marseille et joué en français. Avis aux amateurs de classiques russes ! DVDM
Infos pratiques :
Durée : environ 1h50. Paf: 10€, 8€. Restauration possible après le spectacle.
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Le dernier bal du vampire par la compagnie In Theatro Veritas (I.T.V.)
Texte et mise en scène : Johanna Griesser/Direction d’acteurs : Benjamin Baudvin
Avec Benjamin Baudvin, Julien Bouhitem, Valentin Clerc, Aurélie Dupré, Pierre-Antoine Ferrand, Charlotte Ferrato et Marine Scépé/Son et lumières : Blaise Jacquemin et Ali Derradji
Au Théâtre 108, 37 Boulevard Aristide Briand, 13100 Aix-en-Provence les 20, 21 et 22 avril 2015 à 19h
Puis en tournée au Théâtre Jean Le Bleu (Manosque) du 28 au 31 mai 2015 et au Festival OFF Avignon, Théâtre du Rempart, du 4 au 26 Juillet 2015
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« Le dernier Bal du Vampire » est une comédie contemporaine en deux tableaux, écrite et mise en scène par Johanna Griesser, inspiré du chef d’œuvre cinématographique de Roman Polanski. En pleine forêt transylvanienne, au cœur de l’Europe centrale du XIXème siècle, deux personnages sont en quête de phénomènes paranormaux : le professeur Abronsius et son fidèle assistant, Alfred. Trouvant refuge dans une auberge, ils feront face à la disparition, à la mort et à la résurrection d’individus étranges, ce qui les mènera au mystérieux château du comte Von Krolock.
Un spectacle décalé, loufoque et sombre bercé par le rock n’ roll sur fonds de décors gothiques :
Johanna Griesser, lauréate 13IJ (13 initiatives jeunes, dispositif du Conseil Général des Bouches du Rhône récompensant des projets portés par des jeunes de 11 à 25 ans en divers domaines), propose ici une réécriture d’un film connu de tous « le bal des vampires » : s’inspirant de l’univers des impressionnistes allemands tels que Otto Dix et Paul Leni, elle offre à découvrir un univers à la fois macabre et poétique proche de l’univers de Tim Burton, « un univers punk, gothique où la mort et les cadavres sont aux premières loges »précise-t-elle. Influencée par le théâtre de Tadeusz Kantor, elle insiste sur le travail de l’acteur, expliquant qu’elle a travaillé sur « l’immobilité, l’aspect dur et froid des acteurs, l’impression de rigidité des corps, les regards ouverts, des fois perdus au fond des limbes, dans le vide, des fois si précis ; ces voix effrayantes et si peu communes à l’oreille ; ou encore les manières de traîner le corps de l’acteur ».
Bien entendu, cette création ne manquera pas d’humour noir. Avis donc aux amateurs de découvertes ! DVDM
En attendant Godot au Théâtre du Gymnase (Marseille), création 2015
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En attendant Godot,de Samuel Beckett
Mise en scène de Jean-Pierre Vincent
Théâtre du Gymnase(Marseille),du 14 au 21 Avril 2015 à 20h30
4, RUE DU THEATRE FRANÇAIS – 13001 MARSEILLE
Renseignements et réservations : 08 2013 2013
(c) photo : Raphael Arnaud
Les deux actes de En attendant Godot(1952) mettent en scène,dans un décor crépusculaire qu’égaie un arbre sans feuilles,Vladimir et Estragon,deux clochards qui bavardent de tout et de rien,en attendant Godot. Arrivent inopinément Pozzo et son esclave Lucky,tenu en laisse et traité sadiquement. Pozzo offre aux deux clochards le numéro de Lucky dansant puis pensant dans une accumulation délirante de mots.Après cette diversion,le dialogue des deux compères,essayant de surmonter leur naufrage dans l’inaction par leur entêtement à se parler,reprend de plus belle,avant qu’un jeune garçon ne leur annonce que Godot viendra le lendemain.Le deuxième acte reprenant le premier à peu de chose près,ils attendront Godot jusqu’à la fin des temps…
Dans cette farce métaphysique,chef d’oeuvre inaugural du théâtre de l’absurde illustrant l’inutile attente de Dieu,du sens ou de la relation,les dialogues des deux principaux protagonistes sont truffés de jeux de mots,de redites,d’adresses au public.D’ailleurs,il s’agit là de clowns et leurs gestes(gifles,chutes,jeux de scènes)restent conformes à l’esthétique du cirque:valises,chapeaux,chaussures,cordes,sont les accessoires obligés de leur pantomime dans toutes ces scènes où Beckett retrouve la tradition de la commedia dell’arte au cinéma,à travers Chaplin,Keaton,Laurel et Hardy ou les Marx Brothers.
Pour le metteur en scène Jean-Pierre Vincent qui veut garder le sens du concret,En attendant Godot est une pièce d’action sur l’inaction,traversée de nombreux silences pendant lesquels la dramaticité s’arrête,et où il faut attendre…Il n’y a plus d’espace,plus d’ailleurs,l’homme est devenu un produit obsolescent perdu dans le vide.Malgré cela,sa mise en scène s’attache à mettre en évidence dans une optique brechtienne,la violence à la fois caricaturale et satirique des rapports de force entre individus désoeuvrés. A tel point que le spectacle devient par moments démoralisant,pénible,choquant,comme le voulait sans doute Beckett,et nous montre comment la dialectique peut dépasser la métaphysique.
Exigeant directeur d’acteurs,Jean-Pierre Vincent a choisi pour exprimer ce point de vue des interprètes remarquables:Charlie Nelson est un vieux Vladimir,viril,dynamique,optimiste,aux côtés d’Abbes Zahmani(Estragon),vagabond sans mémoire,inquiet,qui vit dans l’imaginaire.Alain Rimoux(Pozzo)est essentiellement le Maître,content de soi,odieux,qui se surveille,s’écoute parler,puis perd sa morgue,terrassé,au deuxième acte.Frédéric Leidgens,son esclave Lucky,ressemble à un chien mourant dont la vie est une lente agonie.Tous les quatre,en tout cas,expriment avec éclat,comme l’écrit Alain Badiou,”cet amour puissant pour l’obstination humaine,pour l’humanité réduite à son entêtement”,ce à quoi le public semble très sensible en les applaudissant chaleureusement. Philippe Oualid
GIULIO CESARE IN EGITTO à l’Opéra de Toulon : UN JULES VAINQUEUR
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GIULIO CESARE IN EGITTO
Livret de Nicolas Francesco Haym,
musique de Georg Friedrich Hændel
Nouvelle production de l’Opéra de Toulon, création à Toulon
Opéra de Toulon
12 avril
Saison variée et toujours de qualité à l’Opéra de Toulon avec ce baroque Giulio Cesare in Egitto passionnant.
L’œuvre
Giulio Cesare in Egitto (1724) est repris d’un opéra précédent de Sartorio et Bussani, inspiré de Plutarque. La guerre civile à Rome entre César et Pompée se termine par la défaite de ce dernier à Pharsale, en Grèce, en 42 A. J. C. Pompée, avec Cornelia sa femme et son fils Sextus, Sesto, se réfugient en Égypte, poursuivis par César. En Égypte, la guerre civile fait aussi rage entre le pharaon Ptolémée XIV et sa sœur et épouse Cléopâtre, qui se disputent le trône. L’opéra commence par l’arrivée de César à Alexandrie et le cadeau que lui offre Ptolémée pour en faire son allié : la tête de Pompée qu’il a fait tuer. C’est l’histoire même racontée par Plutarque, qui relate le dégoût de César, et même sa douleur (il pleure) de voir son ennemi Pompée, consul de Rome, aussi outrageusement et perfidement exécuté. La conquête que Cléopâtre, 21 ans, fait du conquérant César (il restera quatre ans auprès d’elle, ils auront un fils, Césarion) est tout aussi attestée. La trame est historique donc si les détails sont inventés, tout comme dans les pièces de Corneille ou Racine.
En sorte que, contrairement à ce que l’on raconte par ignorance, l’opéra baroque n’est pas plus invraisemblable que le théâtre romantique (Ruy Blas, Ernani) ou l’opéra (Trovatore, Forza del destino). En tous les cas, ce Jules César est plus juste historiquement que le Don Carlo de Schiller et Verdi.
Je ne reprendrai pas ici tout ce que j’ai pu écrire, dans mes essais, articles et ouvrages sur le Baroque, auxquels on peut se reporter[1][3], et, en particulier, sur l’opéra, ou plutôt, le dramma per musica.
Réalisation : l’opera seria démystifié
Intelligence, humour et culture caractérisent cette production qui sait faire luxe de sa modestie. La mise en scène inventive, ironique, théâtrale, de Frédéric Andrau et de ses comparses, Jérôme Bourdin pour les costumes exaltés par les lumières très plastiques d’Ivan Mathis, riche de clins d’œils culturels, jouant même du style « pompier », gomme tout le pompeux —qui pourrait être pompant— de l’opera seria, qui aura sa glaciation avec la réforme postérieure d’Apostolo Zeno et les livrets de Métastase, pour nous rendre moins sérieux, plus vivant, un ouvrage certes du Baroque international qu’est devenu l’opéra napolitain, mais qui n’a pas encore oublié le mélange des genres du vénitien.
Certes, la scénographie de Luc Londiveau, frustre un peu notre envie un peu hollywoodienne de faste oriental égyptien, mais ce mur, ce muret, dérisoire souvenir de muraille ruinée, qui cerne peut-être une fouille qui renvoie l’Histoire à une strate archéologique sinon géologique, permet de fouiller un peu plus les personnages, prudemment ou opportunément dissimulés derrière ses pierres ou l’écran de rideaux de toutes les trahisons ou rêves érotiques mis en scène par la sensuelle Cléopâtre pour le sensible César.
Quelque chose est délicieusement déliquescent sinon pourri dans le royaume sinon de Danemark dans cette Égypte où le jeune exilé Sesto jouerait les Hamlet velléitaires, impuissant à venger son père lâchement assassiné par son soi-disant protecteur Ptolémée. Ce n’est pas Rome, encore République, qui est décadente, mais bien cette Égypte hellénistique à la fin de sa puissance autonome, qui va passer sous la férule romaine. La tête de Pompée servie lors d’un banquet sur un plat qui eût complu à la Salomé de Wilde et Strauss, réfère sans doute au décadentisme fin de XIXe siècle auquel semblent d’ailleurs renvoyer nombre de références picturales des superbes costumes, coiffes, coiffures, tiares, et des belles lumières ombreuses, des peintres symbolistes comme Gustave Moreau à l’expressionnisme d’Egon Schiele, peut-être, pour tel maquillage, en passant par le Satyricon de Fellini, mais avec le substrat de l’original de Pétrone, notamment pour les scène de banquet à la Trimalchion. Jules César, avec la cuirasse rebondie sur le bas ventre par cette énorme « banane » phallique en cuir, bondissant, a des allures de salace ragazzo romain fier de son sexe. Cléopâtre, à l’heure du danger, portera, en guise d’armure, une sorte de body sexy style Jean-Paul Gaultier.
L’écueil de l’opéra baroque, ce sont les airs tripartites et symétriques a da capo (A+B+A’), qui reprennent avec des variations la première partie avec un risque grave de statisme, puisque c’est la virtuosité de l’interprète à varier qui en fait l’enjeu. On admire donc celle du metteur en scène à varier aussi par le jeu théâtral cette reprise. Ainsi, César dans son premier air de fureur contre Achilla, dans sa reprise, est retenu par ses amis dans son désir de se ruer sur le traître, tout comme dans l’air de chasse, où il s’amuse à effrayer Ptolémée et Achilla. La direction d’acteur fait ici merveille : Ptolémée reculant d’effroi aux longues salves de vocalises («cacciato-o- o- o- o-r », « co-o- o-or », etc) de César, César suivant des yeux et du doigt un petit oiseau sur le ciel de la salle, tressaillant de trilles de flûte dans l’orchestre. C’est irrésistible de drôlerie, ce grand homme rendu à une humanité presque bouffe, notamment avec de la vraie, aux fumets agaçant l’appétit de la salle. Sesto quant à lui, dans son second air donne à sa mère et à Cléopâtre, dans le da capo, le spectacle emphatique de fureur vengeresse. C’est fait avec brio et brillant.
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Interprétation
On saluera d’abord l’Orchestre de l’Opéra de Toulon qui se prête généreusement à la battue du baroque Rinaldo Alessandrini qui impose à cet orchestre d’instruments modernes un continuo baroque nourri, deux théorbes très joliment sonores et un violoncelle pour les cordes frottées et un clavecin pour les pincées. Le résultat se tient si l’on veut abandonner les critères tout aussi pincés de prétendus connaisseurs à l’oreille baroqueuse intolérante. En second lieu, la jeune école italienne vocale assume enfin pleinement ce baroque vocal qui en fut issu et qu’elle avait perdu longtemps à cause du formatage des voix pour chanter Verdi, Puccini, les véristes, le belcantisme romantique n’ayant pas entièrement rompu avec le bel canto, au premier et vrai sens : le beau chant baroque. Avec d’inévitables inégalités, le plateau reste cependant exceptionnel par sa qualité scénique et vocale.
Dans une distribution pratiquement féminine, les femmes remplaçant les castrats d’origine et les contre-ténors d’aujourd’hui dans les rôles de héros, pour cette non parité virile, d’abord honneur aux hommes dans une œuvre qui mêle allègrement les genres : la (le ?) basse Pierre Bessière en Curio, solide centurion sombre, l’Achilla présenté comme malade du baryton Riccardo Novaro, cependant plein d’aisance, d’élégance, en amoureux transi de Cornelia, et traître transitoire et tendre envers ses prisonniers. Avec ces deux-là et Cléopâtre, le seul autre personnage qui a la voix et le sexe de son rôle, c’est la noble Cornelia de la mezzo Teresa Iervolino, voix ronde, timbre riche, somptueux, rendant au mieux sa première aria di portamento, sur la tenue de souffle pour sa longue déploration, toute jeune mais qui se glisse merveilleusement dans ce rôle de digne matrone romaine.
Arrivés aux obligatoires travestis, Benedetta Mazzucato, mezzo, campe un Nireno accompli et amusant. Daniela Pini, autre mezzo, incarne un Tolomeo très crédible dans ses vocalises aiguisées comme des couteaux contre sa sœur et César, et le metteur en scène jouant plaisamment de l’ambiguïté sexuelle, en fait une sorte de grand couturier vêtant ou revêtant sa sœur, moquant peut-être sa virginité de puceau, dévêtant la fausse innocence du nu pour rouler et enrouler dans ses traits fleuris menteurs ses victimes. Monica Bacelli dans la tradition déjà établie de la soprano incarnant un jeune homme qui ira de Chérubin jusqu’à Octave du Chevalier à la Rose, prête sa fougue aux deux airs magnifiques de vengeance impuissante de Sesto et l’on admire le superbe duo d’adieu avec sa mère, où les deux chanteuses fondent leurs voix et confondent leurs cadences et trilles avec une musicalité égale à l’émotion. Roberta Invernizzi en Cleopâtre, dans son frivole premier air, aux clochettes ironiques envers son frêle frérot, peut-être trop loin, déçoit un peu. Elle se ménage sans doute pour les cinq grands airs et les deux duos et récits (même allégés) qui restent à venir, les grands rôles, dans l’opéra baroque, ne comptant pas moins de six à huit arias. À l’avant-scène, on appréciera sa longue prière, vrai concerto pour voix et orchestre(« Se pietá di me non senti… »), magnifique variation sur quelques vers, aux sons filés, tenus, finis, fondus dans des trilles délicats, avec style. Fauve pris dans les rets de son frère (belle trouvaille), entre désespoir et fureur, elle émeut encore avec « Piangeró la sorte mia… ».
César, c’est Sonia Prina, mezzo, avec un abattage, une présence scénique de tous les instants. Elle entre avec passion dans la souple armure du metteur en scène qui sait tirer l’humour subtil dont Hændel a paré ou déparé le grandiose héros de l’Histoire. En effet, s’il a un air guerrier avec les trompettes obligatoires du genre, une première aria d’indignation, de fureur, contre le traître Achilla (« Empio diró tu sei… »), un long récit accompagné, la déploration funèbre de Pompée sur la vanité de la vie (ironiquement renversée en discours politique qui n’engage pas la vérité triomphante du cœur sur un ennemi dont il est débarrassé), comment appréhender son premier solo, huit minutes sur quatre simples vers d’une aria de paragone (air de comparaison) sur le silence et la ruse du chasseur comparé à celui qui ne veut pas qu’on soupçonne le mauvais coup qu’il prépare (« Va tacito e nascosto… »), avec accompagnement de chasse où la voix, dans ses vocalises, imite plaisamment le cor et, surtout, ce frivole air pastoral où le grand conquérant amoureux, telle une midinette fleur bleue, chante les prés et les petits oiseaux, sinon de façon humoristique ?
Prina donne une vivacité joyeuse au personnage et sa virtuosité au rôle ; même une certaine fatigue du timbre (six grands airs aussi !) prête des accents de guerrier viril, mauvais garçon, à ce Jules qui traîna toute sa vie, malgré ses triomphes militaires, une réputation sexuelle ambiguë, par ailleurs acceptée avec humour par des Romains moins coincés sur le chapitre que nombre de nos contemporains revenus, dans le climat ambiant, à des frilosités d’hypocrites pudeurs. On le voit joyeusement banqueter et becqueter un Giton langoureux et caressant : « L’amant de toutes les femmes et la femme de tous les maris », comme le chansonnaient ses légionnaires très larges d’esprit selon ce que rapporte Suétone dans sa Vie des douze Césars, ne déroge pas à sa galante légende.
On remarquera que tous les airs de César sont écrits dans un ambitus très étroit, guère plus d’une octave (do grave/ré aigu), ce qui donne une rondeur grave au personnage, seuls les libres ornements libérant les aigus au choix de l’interprète, hérissent parfois d’éclats cette tessiture médiane convenue dans la rhétorique des voix dévolues aux héros nobles.
Une belle cohorte d’accortes comédiens complète le tableau dans cette production qui devrait tourner.
Giulio Cesare in Egitto de Hændel
Opéra de Toulon
7, 12, 14 avril
Orchestre de l’Opéra de Toulon dirigé par Rinaldo Alessandrini.
Une noble Cornelia et un Sesto abattu (T. Iervolino ; M. Bacelli)
Le Jules et son Giton s’apprêtant pour la fête ;
Les Jeux de Cléo (R. Invernizzi ) ;
Repas de fête…
[1][4] Benito Pelegrín, Figurations de l’infini. L’âge baroque européen, Paris, 2000, le Seuil, 456 pages, Grand Prix de la Prose et de l’essai 2001 ; D’Un Temps d’incertitude, Sulliver, 2008
L’anima lotta, un 1er EP 5 titres « A Rusidda » le 16 avril !
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Après un concert applaudi faisant suite à une résidence de création à la Cité de la Musique en décembre 2012 suivi de plusieurs show cases et concerts à Babelmed Musique et dernièrement dans la salle intimiste de la Méson, l’Anima Lotta, groupe de musique folk world méditerranéen marseillais, mené par Carole Lotta, chanteuse d’origine sicilienne, présente son premier EP : c’est l’occasion de redécouvrir lors d’un show case le 17 avril ce groupe atypique et talentueux à la MJC d’Aubagne, où a été enregistré l’EP.
Des musiques siciliennes revisitées avec talent !
“A Rusidda” est un très bel hommage rendu à la chanteuse sicilienne Rosa Balistreri, chanteuse de renommée internationale. Cet EP mêle avec bonheur musique traditionnelle sicilienne et électro-folk moderne. Les compositions aux accents arabisants ou d’inspiration flamenca, tantôt entraînantes et légères, tantôt sombres et graves, illustrent à merveille les textes inspirés de chansons traditionnelles et font la part belle aux instruments populaires siciliens (notamment le marranzanu) qui firent les beaux jours des chansons de cette belle île à l’histoire complexe. Sublimées par 4 musiciens solistes de talent et la voix puissante et chaude, aux accents « blues » de Carole Lotta, les compositions entrainent l’auditeur dans un univers à la fois tendre et violent, âpre et délicat à l’image de la Sicile du grand père de la chanteuse. Cette dernière chante, par ailleurs, quasi exclusivement en sicilien (excepté la chanson ANIMA, écrite et interprétée en français), une langue rugueuse et belle qui « exalte » toute la complexité d’une île et d’un peuple à la fois rudes et chaleureux. Un EP réussi qui laisse à son écoute un arrière-goût de trop peu ! On en redemande et comme on dit en Sicilien, « una bedda e bona musica ». Diane VANDERMOLINA
Disponible sur toutes plateformes de téléchargement suivi d’un show case le 17 avril, à la MJC L’Escale Aubagne (13), dans le cadre des Auditions du réseau Le Chaînon 2015
Deux spectacles les 21 et 26 avril, au théâtre de l’olivier: deux dates à noter dans vos agendas!
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Le théâtre de L’olivier à Istres propose au public de la région deux spectacles incontournables à ne manquer sous aucun prétexte.
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Un premier rendez-vous est donné avec Le Cid le mardi 21 avril à 20h30 dans une mise en scène de Sandrine Anglade. Cette œuvre connue de tous a tout à fait sa place aujourd’hui et la mise en scène est ici surprenante, proposant une écriture contemporaine, avec une batterie sur scène accompagnant le rythme des alexandrins. Cette pièce transgénérationnelle parle de la difficulté de prendre position dans “Le monde des grands”. Le Cid raconte alors « autant l’histoire de Rodrigue que celle des femmes qui lui font face : Chimène et l’Infante. Un jeune homme et deux femmes face aux lois sociales, aux codes du pouvoir, de la gloire, de l’honneur, face à l’histoire » explique Sandrine Anglade. Une création originale et créative à découvrir !
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Un second rendez-vous est à noter pour le Dimanche 26 Avril à 17h avec la troupe Mummenschanz qui présente “Les musiciens du silence”. Ce spectacle sans aucun son surprend, étonne et fascine. Avec un peu de carton ou de pâte à modeler, quelques rouleaux de papier hygiénique ou un morceau de fil de fer, Mummenschanz donne vie à des univers complexes, pleins de ces petites et grandes histoires narrées par d’étranges figures colorées, futuristes, singulières, curieuses… La compagnie propose un spectacle au langage universel, totalement gestuel, inspiré du mime. Pour reprendre leurs mots, “nous invitons les gens à nous suivre lors d’un voyage dans notre monde de fantaisies”. Enfant comme adulte, venez rêver les yeux ouverts et laissez-vous plonger au coeur de ce voyage, chargé de grandes émotions.
Charlotte Ferrato.
Informations pratiques :
Le Cid/Durée: 1h50
De Pierre Corneille Cie Sandrine Anglade Mise en scène Sandrine Anglade Scénographie Claude Chestier assisté de Pierre Mathiaut Avec William Edimo, Pierre-François Doireau, Sterenn Guirriec, Damien Houssier, Alain Macé, Patrick Messe, Laurent Montel, Géraldine Szajman et Nicolas Larmignat (batterie)
Les musiciens du Silence/Durée: 1h20
Conception Floriana Frassetto et Bernie Schürch Avec Floriana Frassetto, Raffaella Mattioli, Pietro Montandon et Philipp Egli
A partir de 4 ans
Pour réserver :
Théâtre de l’Olivier boulevard Léon-Blum 13800 Istres
Sérénade en Mer, d’Edmonde Franchi: en tournée en PACA!
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Rmt News Int
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Laissez-vous embarquer au cœur d’une traversée inoubliable entre rires et émotions
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Entre music’ hall et théâtre, dans le droit fil de ses créations précédentes, Edmonde Franchi, avec drôlerie et sensibilité, aborde les thèmes les plus profonds tels que le déracinement et la différence, l’amour et la tolérance, et mêle dans son nouveau duo, fantaisie, musique et chant.
Sur le Music Lover Boat, bateau de croisière, la troublante Gilda accompagnée de son partenaire, pianiste, chanteur, imitateur et magicien Diego Bordonaro, anime la soirée. Au détour de son répertoire qui va de Bourvil en passant par Joséphine Baker et Claude François, elle nous raconte son aventure, celle d’une rencontre avec un homme…Africain. ” De couleur ” comme on dit quand on veut dire Noir sans le dire mais que ” pour que tout le monde comprenne “. Cette rencontre a changé sa vie, son regard sur l’autre, et lui a donné la force de se réaliser.
Un cocktail de tendresse, d’humour et d’amour, embarquez joyeusement pour un voyage où les émotions côtoient le rire. Tous les sujets “sensibles” comme disent pudiquement les médias, sont traités par cette actrice magicienne qui, entre rires et larmes, remet l’humain à l’honneur. Le public est au rendez-vous à chacune de ses représentations, alors si vous ne l’avez pas encore vu, le bateau de croisière fera prochainement escale dans d’autres communes : le 17 avril à Ventabren, le 21 juillet au Puy St Réparade, le 19 septembre aux Pennes Mirabeau et le 25 septembre à Pertuis, le 6 novembre à St Paul Lez Durance, et le 4 décembre à Gardanne.
Charlotte Ferrato.
Copyright photos Cocktail Théâtre
Informations pratiques :
Sérénade en mer /création cocktail théâtre
Direction artistique : Gabriel Cinque; Texte : Edmonde Franchi Piano : Diego Bordonaro; Costumes : Christine Cardeur Création décor, lumières et régie : Frédéric Peau