- RMTnews International - https://www.rmtnewsinternational.com -

Share Button [1]

UN AMOUR D’ELIXIR

 

ELISIR D’AMORE (1832)

Opéra en deux actes

de Gaetano Donizetti

livret de Felice Romani, d’après Le Philtre (1831) d’Eugène Scribe, musique de Daniel-François-Esprit Auber

 

Opéra de Marseille, 23 décembre 2014

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Pour les fêtes de fin d’année, l’Opéra de Marseille présente L’elisir d’amore, ‘L’elixir d’amour ‘ de Gaetano Donizetti, les 23, 27 et 31 décembre 2014 à 20 heures et les 2 et 4 janvier 2015 à 14h30. Ce melodramma giocoso, ‘mélodrame joyeux’ (melodramma, en italien signifie un drame, une ‘pièce en musique’ et c’est ainsi que Mozart appelait ses Cosí fan tutte et Don Giovanni). C’est-à-dire que les situations y sont d’essence dramatique, cruelle, un dépit et un rejet amoureux en l’occurrence, mais traitées, sinon sur un mode exactement bouffe comme Rossini, sur un ton humoristique plutôt que franchement comique.

 

L’œuvre :

Créé en 1832 à Milan, c’est un opéra en deux actes sur un livret en italien de Felice Romani, lui-même fidèlement tiré de celui d’Eugène Scribe pour Le Philtre (1831) de Daniel-François-Esprit Auber que notre Opéra a eu la bonne idée de présenter au préalable dans le foyer, accompagné au piano, interprété par de jeunes chanteurs. Histoire simple, simpliste d’un jeune paysan pauvre, inculte, aimant au-dessus de ses moyens, une belle et riche propriétaire cultivée, indifférente et cruelle, sadique même. Désespérant de se faire entendre et aimer, il cherchera le secours d’un philtre d’amour offert par un charlatan, avec la péripétie d’un sergent paradant, bellâtre, cruellement érigé en rival par la cruelle jolie femme.

 

         Style formulaire, technique de la rapidité

Comme dans ces production d’opéras que l’on dirait aujourd’hui industrielles, écrits rapidement pour satisfaire une grande demande comme au siècle précédent, un peu comme les films aujourd’hui, cherchant la rentabilité avec un minimum de frais, l’œuvre utilise toutes les ressources du style formulaire permettant une écriture rapide, musicalement et verbalement.

On y trouve ainsi tout le répertoire des clichés, formules, aux rimes près, qui sont le fond de l’opera buffa depuis ses débuts au XVIIIe siècle, qui traversent même les textes de da Ponte pour Mozart, jusqu’à l’obligatoire air de liste chanté à toute vélocité qui existe bien avant le catalogue de Leporello et bien après lui, ici dévolu, naturellement, au personnage bouffe de Dulcamara au débit vertigineux débitant les mérites mirobolants de son mirifique « odontalgique, sympathique, prolifique », etc. De la même façon, la musique utilise les recettes bien éprouvées, la découpe des airs avec cabalette après intervention du chœur, cadences virtuoses, ornements, passages d’agilité pour tous, codifiés depuis longtemps dans le genre, sublimés par Rossini. L’orchestration, l’instrumentation, entre aussi dans la typologie adaptée du genre adressé à un public qui ne cherche pas la surprise, la rupture, le renouveau, mais la reconnaissance de situations, de types et d’épreuves lyriques obligées où les chanteurs devront faire leurs preuves. La surprise viendra cependant d’un air, « Una furtiva lagrima », qui dérogeant à ces codes par sa poésie élégiaque et sa douceur humaine humanise l’inhumanité cruelle des types bouffes, infraction au genre qui en assure sans doute la pérennité.

Par ailleurs, la version italienne du Philtre, l’elisir, se glisse dans la typologie, les stéréotypes des situation, duperies, méprises et personnages de la Commedia dell’Arte : le jeune amoureux timide, la jolie coquette, le soldat matamore et le charlatan de foire. Peu de personnages donc, aux voix codifiées, Adina, riche et belle fermière, naturellement soprano, Nemorino dont le nom même exprime le sentiment, l’amoureux, jeune paysan pauvre, et le baryton, le trouble-fête de ces amours, le sergent Belcore, nom aussi étiquetant sa fonction de galant, le sergent ‘Jolicœur’. On trouve aussi le deus ex machina involontaire de l’action, le docteur Dulcamara, qui veut dire ‘Doux amer’, le charlatan vendeur et doreur de pilules ou philtres d’amour magiques pour se faire aimer, une basse bouffe dans la tradition rossinienne et, enfin, inévitablement, une deuxième soprano Giannetta, jeune paysanne, faire valoir de la première, et qui apportera une information capitale qui renverse la situation : l’héritage du jeune homme le rend digne, socialement, de sa belle.

Donizetti, cependant, prête à ses personnages, du moins au couple de jeunes premiers, une certaine densité, essentiellement à l’amoureux transi, cruellement éconduit par la belle, elle, dans la tradition de la Belle Dame sans merci, peut-être amoureuse à la fin par dépit ou intérêt (si elle a appris en coulisses son héritage) : la déception, la rivalité amoureuses, les malentendus, la rupture entre les amoureux, frôlent fatalement un drame, évité de justesse, et prêtent un ton doux amer à l’histoire, qui finit heureusement bien. Mais on n’est pas forcé d’y croire.

Réalisation

Le sujet portant sur des situations archétypales et des sentiments généraux, la transposition du XVIIIe aux débuts du XXe siècle par la mise en scène d’Arnaud Bernard ne gêne pas. Il y a une cohérence esthétique dans les costumes (William Orlandi qui signe aussi l’astucieuse scénographie) en camaïeux de beige foncé des gilets sur chemises et pantalons clairs, casquettes et melons pour les hommes, des touches blanc et noir, robes d’époque déjà sans carcan de corset excessif pour les dames en canotiers et autres jolis bibis pour les bourgeoises dans un monde apparemment plus citadin que rural. Cela joue joliment pour des fonds de paysages bistres, ou sépia dégradés en lavis délicats, dont on comprend, grâce à des panneaux coulissants créant divers espaces, larges ou confidentiels, avec la mise en abyme de l’appareil de Dulcamara également photographe avisé vendant sa camelote et ses clichés, que nous sommes dans une chambre photographique, par l’objectif final duquel il disparaîtra à la fin dans un effet grossi de cinéma muet.

 

Paradis perdu de la Belle Époque 

C’est le temps de l’Art Nouveau, Modern style, Jugenstil, Modernismo ou Liberty selon le pays, l’aube d’un siècle où tout paraît encore nouveau, jeune, printanier, libre, bref, moderne, avec le progrès au service de l’homme : la bicyclette pour la femme presque émancipée, sinon amazone, cycliste, l’automobile, le téléphone, la photographie déjà assurée et le cinéma balbutiant, la pub industrielle débutante, bref, la Belle Époque qui ne paraîtra telle que rétrospectivement après l’atroce Grande Guerre à venir qui va mettre toute cette science optimiste —et la faire avancer— dans l’horreur de 14-18. Certes, sans que cela soit l’objectif de cette mise en scène datant de plus de dix ans, en cette année de commémoration du centenaire de la première Guerre mondiale, cela prend une résonance nouvelle de voir une joyeuse société inconsciente, au bord du gouffre, assurée d’un progrès qui va vite se tourner, sans qu’elle s’en doute, contre elle.

 

Interprétation 

L’idée centrale de la photographie se traduit en magnifiques compositions picturales de groupes, dans une époque où, justement la photographie prétendait rivaliser avec la peinture, ou ne s’en était pas émancipée, avec des fonds artificiels, dans des ovales de cartes postales des plus esthétiques, aux couleurs fanées nimbées de nostalgique douceur par les délicates lumières de Patrick Méeüs. Le négatif du cliché, c’est que, prenant la pose, naturellement longue à l’époque où n’existe pas l’instantané, les « arrêts sur image », surexposent le jeu, imposent une rupture de l’action qui contrarie quelque peu la vive dynamique de la musique nerveuse de Donzetti, menée tambour battant par Roberto Rizzi-Brignoli à la tête de l’Orchestre de l’Opéra tonifié comme par l’élixir de jouvence et d’amour, sans ralentir le tempo, faisant pétiller, crépiter le feu de cette orchestration certes légère mais toujours allègrement adéquate au sujet.

Les chœurs, comme toujours parfaitement préparés par Pierre Iodice, entrent harmonieusement autant dans la partie du jeu que dans la partition, en partenaires égaux des acteurs chanteurs.

Il suffit de quelques mesures pour que Jennifer Michel nous abreuve de la source fraîche de son timbre, en Giannetta qui ne s’en laisse pas compter. En Dulcamara, Paolo Bordogna, sans avoir forcément la noirceur, est la basse bouffe parfaite, déployant une éblouissante agilité de camelot dans son air de propagande, premier nom de la pub, étourdissant de verbe et de verve, doublé d’un acteur de premier ordre, comme tiré d’une comédie italienne, de la Commedia dell’ Arte, endossant avec naturel le costume d’un Paillasse mâtiné d’Arlequin par sa dextérité sidérante auquel un acteur, Alessandro Mor donne une muette réplique de compère et complice. Entrée en fanfare du fanfaron effronté, le fringant Belcore et sa forfanterie : si on ne l’avait vu dans d’autres rôles, on croirait qu’il est taillé pour le baryton Armando Noguera qui se taille un succès en endossant avec panache (de coq cocorico) l’uniforme du versicolore et matamore sergent, roulant des mécaniques et les r des roulades et roucoulades frissonnantes de fièvre et d’amour, à l’adresse d’Adina et de toutes les femmes, joli cœur à aimer toute la terre comme un Don Juan à l’échelle villageoise : irrésistible, se riant des vocalises en nous faisant rire.

Adina, mutine, primesautière, dansante et virevoltante, c’est Inva Mula, qui, capable de rôles bien plus lourds, démontre sa technique, sa maîtrise merveilleuse du bel canto, le chant orné, dans sa plus périlleuse et voluptueuse expression : sur une échelle, à bicyclette, sur le toit tanguant de l’auto, elle chante, vocalise de façon tout aussi acrobatique, avec un naturel confondant. Sa voix est si ronde, si mielleuse, si douce, qu’on a du mal à croire à la cruauté envers Nemorino du rôle, à moins que la rudesse de ses paroles ne le soit davantage par la douceur innocente de la voix. Nemorino, c’est une révélation : le jeune ténor, Paolo Fanale, campe avec vraisemblance un paysan rustaud, pataud, costaud, touchant par sa faiblesse amoureuse dans la force de ce corps, sa naïveté qui le fait la dupe rêvée de Dulcamara, obsédé et dépassé par cette femme d’un autre rang, voix large et pleine, au solide médium bronzé dont on se demande même comment il abordera la légèreté poignante de son fameux air. Et c’est un miracle de finesse, de douceur déchirée et d’espoir qu’il met dans « Una furtiva lagrima », qui manque nous en arracher, par ces sons en demi-teinte, pastel, ce passage de la voix de poitrine à la voix mixte, jouant, sans jeu, mais avec une émouvante vérité, avec le fausset. Par ce seul air, la bouffonnerie ambiante verse dans l’humanité : sous le rire, il y avait les larmes d’une âme blessée. La salle, mais aussi ses partenaires, bouleversés, lui rendent un juste hommage. B.P.

 

L’elisir d’amore de Gaetano Donizetti,

Opéra de Marseille,

23, 27, 31 décembre 2014, 2, 4 janvier 2015.

 

Chœur et Orchestre de l’Opéra de Marseille.

Direction musicale de Roberto Rizzi Brignoli ;

Mise en scène d’Arnaud Bernard réalisée par Stefano Trespidi ; décors et costumes de William Orlandi ; lumières de Patrick Méeüs.

Distribution :

Adina : Inva Mula ; Giannetta : Jennifer Michel ; Nemorino : Paolo Fanale ; Belcore : Armando Noguera ; Dulcamara : Paolo Bordogna ;

Assistant Dulcamara : Alessandro Mor.

 

Photos : Christian Dresse

  1. Adina fait la lecture aux paysans du philtre d’Yseult (Inva Mula) ;
  2. Adina éconduit Nemorino (Paolo Fanale) ;
  3. On prend la pose ;
  4. Pose et posture du fringant fanfaron (Armando Noguera).

LILIOM

Publié Par Rmt News Int Sur Dans Article/Critique,Marseille,News,Théâtre/Opéra | Commentaires désactivés
Share Button [1]

LILIOM de Ferenc Molnar(1909)

Mise en scène de Jean Bellorini

La Criée à la Friche Belle de Mai

18-21 Décembre 2014

Très influencé par le théâtre réaliste et naturaliste français du 19ème siècle, l’écrivain juif hongrois Ferenc Molnar(1878-1952) est l’auteur de quelques pièces de théâtre qui témoignent d’une grande habileté scénique, et dont la plus connue reste Liliom, créée en Allemagne par Max Reinhardt en 1910,puis par Georges Pitoëff, à Paris, en 1923,avant de connaître l’adaptation cinématographique de Fritz Lang en 1934.

Lilom raconte en huit tableaux l’histoire d’un jeune bonimenteur de foire, apache et voyou, qui vit d’illusions, rêve d’Amérique, tombe amoureux d’une petite bonne Julie, lui fait un enfant, se met à réaliser un braquage qui tourne mal, et se voit contraint au suicide. On le retrouve dans l’au-delà, au Purgatoire, où il obtient de revenir sur terre pour y recommencer une vie honnête, mais il finit par retomber dans les mêmes fautes.

L’adaptation de Rady, Moati et Vouyoucas, en sept tableaux, ne prend pas en considération cette dimension et propose une conclusion plus onirique. Il faut reconnaitre que la dramaturgie de Molnar, très intelligente dans ses tableaux réalistes et outranciers, perd toute crédibilité à la fin, en se fourvoyant dans des images allégoriques, à la frange du rêve, qui transforment en innocent une gouape plus ou moins diabolique…

Le talentueux Jean Bellorini met en scène cette pièce dans un manège d’autos tamponneuses installé entre deux caravanes de camping, remorques d’automobiles des années cinquante, devant une grande roue lumineuse, et sous une herse qui tombe sur le plateau dans le dernier tableau. Sa direction d’acteurs est irréprochable grâce à de jeunes comédiens motivés, passionnés, qui ont tous le physique de l’emploi. Mais encore Julien Bournich(Liliom) et Clara Mayer(Julie), Damien Vigouroux(Balthazar) et Amandine Calsat(Marie), Delphine Cottu et Jacques Hadjaje, parviennent à captiver le public pendant deux heures parce qu’ils sont dotés d’une force vitale qui touche profondément. Philippe Oualid

(c)photo Marie Clauzade

The Valley of Astonishment en VOST !

Publié Par Rmt News Int Sur Dans Article/Critique,International,Marseille,Théâtre/Opéra | Commentaires désactivés
Share Button [1]
The Valley of Astonishment
Spectacle en anglais,surtitré en français
Texte et mise en scène de Peter Brook et Marie-Hélène Estienne
Théâtre du Gymnase(Marseille),du 10 au 14 Décembre 2014
A 90 ans,Peter Brook suscite toujours l’étonnement!Assisté de Marie-Hélène Estienne,il met en scène des textes dialogués dont il est l’auteur,sur la mémoire ou les perceptions cognitives,inspirés par les travaux d’éminents neuropsychiatres.Cela donne un spectacle farfelu,plein d’humour,tout à fait singulier dans la production contemporaine,où le théâtre rivalise d’intelligence avec les domaines du savoir,comme savait le faire en poète par exemple Jean Cocteau dans Le Testament d’Orphée.
Avec trois comédiens(deux hommes,une femme) qui interprètent tour à tour patients ou médecins à l’écoute,Peter Brook nous expose son point de vue d’artiste sur des états d’esprit jugés démentiels par le passé,en confiant à ses personnages clownesques le soin d’évoquer les démêlés qu’ils entretiennent avec des phénomènes mnésiques qui aliènent ou obsèdent leur cerveau:ce sont soit des associations d’idées,des calembours,soit des synesthésies dignes du sonnet des voyelles de Rimbaud,soit la déclamation des premiers vers de l’Enfer de Dante,des phénomènes qui précèdent la mise à l’épreuve de la motricité dans la conscience de son corps.Et ces trois personnages étouffés par leur mémoire,nous disent en somme qu’ils vivent chaque journée comme un véritable marathon mental…
Le spectacle se donne sur un plateau fermé par de grands panneaux noirs,sans aucune scénographie.Les deux talentueux musiciens qui alimentent la parole d’un fond sonore,en sourdine (Raphaël Chambouvet et Toshi Tsushitori) sont installés,côté cour,devant piano,violon,accordéon,batterie.La vielle dame  très maigre qui refuse de perdre tous ses repères et qui pétille de drôlerie (Kathryn Hunter),le doux rêveur passionné de jazz(Jared Mc Neill)),et le camelot bonimenteur qui fait monter les spectateurs sur la scène pour tirer des cartes(Marcello Magni) sont tellement fascinants qu’on sort de ce spectacle non pas étonné ou éprouvant de la compassion pour leur état,mais éberlué et étourdi par tant de brio dans l’élocution de leur discours. Philippe Oualid

© photos: Pascal Victor ArtComARt

Les Musiciens et la Grande Guerre

Publié Par Rmt News Int Sur Dans Article/Critique,CD/DVD,Marseille,Musique,News | Commentaires désactivés
Share Button [1]

Les Musiciens et la Grande Guerre, vol IV, Mélodies, Prescience, Conscience

Marc Mauillon (Baryton), Anne Le Bozec (piano). Mélodies de Halphen, Février, Hahn, Fauré, Kelly, Ravel, Jürgens, Butterworth, Farrar, Dawaere, Stephan, Schulhoff. Disque Hortus .

 

Le 14 juillet de cette année, symboliquement, pour commémorer le centenaire de la Grande Guerre, de l’atroce guerre de 14-18 (toutes le sont mais celle-ci en est monstrueusement exemplaire par son ampleur mondiale) j’avais parlé des trois premiers CD de cette extraordinaire collection des éditions Hortus : Les Musiciens et la Grande Guerre. Trente enregistrements prévus jusqu’en 2018, centenaire de l’Armistice. Cette gigantesque anthologie se donne pour but généreux et ambitieux, de faire découvrir ou redécouvrir l’univers sonore des compositeurs, interprètes et musiciens ayant vécu et subi cette guerre, mobilisés, immobilisés dans leur œuvre, souvent blessés, souvent tués, exécuté expéditivement comme l’héroïque Albéric Magnard, ou même, restés hors du front à cause de leur âge, de leur faiblesse constitutive comme Ravel, ambulancier malheureux, ou de leur maladie, comme Debussy, qu’on appelait alors, Claude de France, dans un nationalisme inévitable quand la patrie est en danger, mais nationalisme, hélas, généralisé aux nations, qui amena cette catastrophe mondiale. Ravel, Debussy, Hahn, entre autres, deux compositeurs, dirai-je bleu horizon comme les seconds uniformes des soldats français, les premiers ayant ces pantalons rouge garance si catastrophiquement visibles aux yeux de l’ennemi.

Mais cette dernière livraison élargit justement l’horizon, et, passant les odieuses frontières, prétextes aux revendications territoriales meurtrières, nous offre un bref panorama de compositeurs certes alliés français, anglais, australiens, mais aussi allemands, qui ont pressenti ou senti la catastrophe qui s’est abattue aussi sur eux, alors qu’ils étaient tous liés par la fraternité universelle de la musique, même sans se connaître. Mais la guerre se déclare (et par qui et pourquoi ?) et l’on devient l’ennemi officiel de celui qui est du mauvais côté de la frontière. Et réciproquement.

Au-delà de la qualité ou non des œuvres présentées, de la qualité de l’interprétation, de la pertinence ou non des choix (comment se sont-ils faits ?), c’est d’abord cette réflexion que m’inspire cette quatrième livraison consacrées à des mélodies, des « songs », des « lieder », termes synonymes et frères, en français, anglais ou allemand : la voix est l’instrument humain par excellence, c’est l’homme même. Et il faut convenir que la voix du baryton Marc Mauillon, légère, son interprétation directe, sans emphase, fraîche et parfois naïve, avec la complicité pour le meilleur de la pianiste Anne Le Bozec, donne une troublante humanité, fragile et d’autant plus précieuse, à ces airs joyeux ou mélancoliques ou traversés d’angoisse, prescience de la tragédie qui approche, ou conscience qu’elle est survenue, dans le contexte musical d’avant, pendant ou après la guerre. Pour nous, qui savons le contexte, c’est la jolie fleur au bord de l’abîme, c’est la bouleversante fleur poussant sur les ruines, comme une affirmation de la vie dans le champ de la mort.

À l’écouter dans ce contexte, la mélodie d’Henry Février (plage 2), avec un bercement de barcarolle funèbre, prend une résonance tragique dans sa douceur et son titre prémonitoire, La Dernière chanson. Même si l’auteur du poème, Sully Prudhomme, mort en 1907, eut la chance de ne pas connaître la guerre de 14-18, même si le compositeur Henry Février (1875-1957), bien qu’ayant connu la bataille de Verdun, lui survécut, il écrivit des mélodies dans les tranchées. On aimerait connaître quand il composa celle-ci, dont le narrateur demande à la nourrice de l’enfance perdue, de lui chanter un air d’autrefois dans son agonie : c’est l’enfant dans l’homme qui pressent sa mort. Mais, finalement, peu importe la date de composition : nous sentons le pressentiment, prescience qui anticipe ou conscience présente de la guerre, de la mort, sa musique a des échos poignants avec des paroles telles que :

 

« Vous qui m’aiderez dans mon agonie

         Ne me dites rien…

         Faites que j’entende un peu d’harmonie.

         Et je mourrai bien ! »

 

La musique, consolation suprême dans l’imminence de la mort. Et cette lucidité terrible, qui pourrait être celle de tant de jeunes hommes réellement sans futur dans ce fatal carnage où chacun attendait son tour :

 

« …je suis d’un monde où l’on ne vit guère

         Plusieurs fois vingt ans… »

 

Toute l’horreur consciente de la fragilité de la vie dans la guerre est là, qui fauche les jeunes gens. Mais les morts ne vieillissent pas, le temps ne passent plus pour eux, tel le compositeur   allemand Fritz Jürgens fixé à jamais dans ses 27 ans, donc sans avoir connu deux fois 20 ans, par sa mort en 1915, en Champagne. Dans la tradition post-romantique allemande, ce lied exprime une angoisse profonde. Malheureusement, faute plus grave que de ne pas mettre la date de composition des pièces des musiciens inconnus que l’on veut nous faire connaître, dans un CD qui veut faire parts égales entre les compositeurs belligérants, il n’y a pas de traduction des textes étrangers. Ainsi, je vous traduis personnellement, en gros,  le poème allemand, extrait des Balladen und Romanzen de Friedrich Hermann Frey (1839-1911) qui écrivait sous le pseudonyme de Martin Greif. Ce sont deux courts quatrains de Das Traue Paar  ‘Le couple fidèle’, fidèle jusque dans la mort, puisque, dans la nuit, ils « se sont noyés dans le Rhin et on a retrouvé leurs corps enlacés dans une terre étrangère »

Noël approche, et, dans son rêve de paix, nous oublierons l’atroce Noël des enfants qui n’ont plus de maison, texte et musique de Debussy, qui s’il dit bien l’horreur subie par les orphelins, la redouble par les cris de vengeance qu’il prête aux enfants français contre les enfants allemands, qui ne sont, comme eux, que des victimes de la folie des hommes. On se réfugiera dans la joie de la paix chantée par Gabriel Fauré, lui pardonnant, à ce titre la platitude du texte, on n’ose dire poème, qu’on lui avait, il est vrai, imposé.

 

Benito Pelegrín

 

Le corps du ballet, création du BNM

Publié Par Rmt News Int Sur Dans Article/Critique,Marseille,News,Save the Date,Théâtre/Opéra | Commentaires désactivés
Share Button [1]
LE CORPS DU BALLET
Chorégraphie d’Emio Greco
BNM,13 Décembre 2014
Avec Le Corps du Ballet,les deux nouveaux directeurs du BNM,Emio Greco et Pieter Scholten,veulent s’inscrire dans la ligne artistique de leur travail au centre chorégraphique d’Amsterdam,et mettre l’accent sur la recherche d’une nouvelle forme de ballet contemporain.Le spectacle qu’ils présentent, inspiré d’un ouvrage d’Elias Canetti,”Masse et puissance”,s’articule autour de la relation entre corps individuel et corps collectif,et choisit de brasser techniques académiques et contemporaines pour les assimiler dans une pièce chorégraphique où évoluent des danseurs combatifs réduits principalement à leur seule force intérieure.
En silence et sur des bruits d’environnement,de carillon,combinés à des morceaux célèbres de musique classique,le corps de ballet du BNM réalise ainsi une performance originale qui laisse augurer d’intéressantes perspectives pour les années à venir,dans le paysage en crise que connait la danse à Marseille.
Dans ce spectacle,on voit d’abord la plupart des danseurs circuler frénétiquement sur le plateau,puis s’immobiliser bras en couronne,ou multiplier les élévations,entrechats,sauts,avant de se livrer à des chutes collectives qui aboutissent à la posture du torse replié sur un grand écart.De temps à autre,deux danseurs s’isolent du groupe pour réaliser en symbiose d’élégantes arabesques,ou des échappés sur pointes pour éviter de se laisser déstabiliser par des cris ou des effets sonores extrêmes.Mais au final,sur les accords de La Belle au Bois Dormant,des duos se forment,les danseurs font pirouetter leur partenaire,les corps couchés se relèvent,et tous ceux qui s’étaient jetés à corps perdu dans la lutte pour exister collectivement ou individuellement,se retrouvent miraculeusement sauvés sous le règne de l’Harmonie.
Les chorégraphes prévoient une prochaine étape de création qui s’intitulera “Le Corps en révolte”,pour un appel à la solidarité et à l’engagement dans un monde absurde.
                                                                                                                                                Philippe Oualid
Représentations 14 & 15 MARS 2015
Au TNM La Criée, Quai Rive Neuve, Marseille 7ème
Tarif B – Grand Théâtre
Sam 20h, Dim 15h, – durée 1h
Infos/réservations par téléphone au 04 91 54 70 54 du mardi au samedi de 12h à 18h

“Pixel”, comme dans un rêve

Publié Par Rmt News Int Sur Dans Article/Critique,Danse,News,Région PACA,Théâtre/Opéra | Commentaires désactivés
Share Button [1]

Mais que vois-je? Un rassemblement? Une foule? Ce samedi 13 Décembre au théâtre de l’olivier à Istres c’était plein, plein à craquer pour assister au spectacle PIXEL de la compagnie Käfig. On ne vous présente plus le brillantissime Mourad Merzouki, Directeur et Chorégraphe de la compagnie qui ne cesse de faire naître des projets mêlant le Hip- Hop à d’autres disciplines pour notre plus grand plaisir.

Pour cette nouvelle création, il puise son inspiration dans les arts numériques et confronte son univers artistique et toute sa sensibilité à la force de l’image, omniprésente dans notre quotidien. C’est avec une collaboration avec les artistes Adrien Mondot et Claire Bardainne de la Compagnie AMCB, créateurs d’univers graphiques abstraits, qu’en quelques secondes, rêve et réalité se confondent, et le spectateur peut se laisser aller dans un voyage hors temps, onirique.

Un grand bravo aux artistes pour leur performance ; plongés dans la magie des projections numériques, ils nous font rêver. Des tableaux tous aussi pertinents les uns que les autres ; avec ces êtres confrontés à l’image toujours de plus en plus envahissante, le spectateur ne sait plus si il se trouve dans le réel ou le virtuel? Telle est la question dans un monde où le virtuel à une place très importante.

Les Pixels comme symbole d’une société. Dans leur mouvement, ils peuvent soit rassembler soit diviser ; c’est ce que nous montre les danseurs dans des scènes collectives et des solos magnifiques sur des musiques rythmées et entrainantes. En quelques secondes la salle est plongée dans un autre monde, le lieu de tous les possibles. L’énergie des danseurs est infusée dans chacun des spectateurs, ces derniers peuvent alors s’abandonner aux rêves.

Le noir se fait sur le plateau, quoi c’est déjà fini? Le spectateur revient petit à petit à la réalité et se lève pour applaudir ces artistes qui leur ont permis de s’évader le temps d’un spectacle.

Charlotte Ferrato

A suivre au Théâtre de l’ Olivier Place Jules Guesde Boulevard Léon Blum13800 Istres

Renseignements et réservations: 04 42 56 48 48/

http://www.scenesetcines.fr/les-theatres/theatre-de-lolivier/ [3]

Spectacle “Emmène-moi”. Du 17 décembre au 20 décembre. Dans l’ambiance magique d’un chapiteau, neuf superbes chevaux et leurs compagnons de route, voltigeurs, acrobates, trapézistes et musiciens, vous invitent à partager leur univers à la croisée du cirque et de l’art équestre.

Exposition ” IMAGE ET TEMPS REEL”, DERNIERS JOURS!

Publié Par Rmt News Int Sur Dans Article/Critique,Evénements Gratuits/Free Events,Exposition,Marseille,News | Commentaires désactivés
Share Button [1]

Julien Ferrato et Gaetan Trovato sont deux jeunes artistes diplômés de l’École Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence. Ils vous invitent à découvrir leur travail à La compagnie, Lieu de Création à Marseille (19 Rue Francis de Pressensé, 13001 Marseille). Une magnifique exposition sur le thème “Image et temps réel”. Vous pourrez apprécier cette exposition du 20 novembre au 20 décembre 2014, et aussi découvrir les travaux de Tristan Fraipont, Émilie Gervais, Steven Daniel et Eve Woda.

La création en quelques mots par Julien Ferrato et Gaëtan Trovato:

   “De la 2D à la 3D pour ensuite tendre vers la 4D”

Entre espace de tournage et installation, 4D est une tentative de restitution d’objet cinématographique.

L’installation se présente sous la forme d’une maquette en carton représentant un paysage urbain dont les personnages prennent possession. Encerclant ce “morceau de ville”, se trouvent les rails d’un petit train électrique équipé d’une caméra embarquée permettant de réaliser un travelling. L’outil cinéma se retrouve infantilisé et il paraît accessible. Tout comme l’utilisation du carton dans la construction des immeubles, ces cartons qui à l’origine constituent les boîtes où nous entassons nos vieux souvenirs, dans un grenier ou une cave…

Le spectateur a le choix de construire son propre récit par le simple sens de sa déambulation autour de l’installation, il constitue sa propre approche du scénario en tentant de coller entre eux les différents morceaux d’histoires qu’il peut voir et parfois suggérer.

L’installation convoque les souvenirs de l’imaginaire liés à l’enfance, de ses histoires, sans sens ou logique, inventées par les enfants lorsqu’ils jouent avec des idoles modernes faites de bois ou de plastiques…

Le “film” suit la plongée de corps “humain” dans un espace qui tente de reproduire une réalité fictive. Une poursuite, une fuite effrénée entre deux personnages dans un décor inventé.

Jouant sur le dehors et le dedans, le spectateur est alors invité à voir le trucage, à comprendre les mécanismes de fabrication des images et à y participer.

   Le jeu est une action qui se déroule dans certaines limites, de lieu, de temps et de volonté, dans un ordre apparent, suivant des règles librement consenties, et hors de la sphère de l’utilité et de la nécessité matérielles. L’ambiance du jeu est celle du ravissement et de l’enthousiasme, qu’il s’agisse d’un jeu sacré, ou d’une simple fête, d’un mystère ou d’un divertissement. L’action s’accompagne de sentiments de transport et de tension et entraîne avec elle joie et détente.

Johan Huizinga – “Homo Ludens, Essai sur la fonction sociale du jeu” – 1988

Vous pouvez consulter les sites des artistes à ces adresses:

http://makerito.tumblr.com [4]

http://gaetantrovato.tumblr.com [5]

C.F.

Constance : one woman show!

Publié Par Rmt News Int Sur Dans Article/Critique,News,Théâtre/Opéra | Commentaires désactivés
Share Button [1]

” Constance nous fait mourir de rire”

 

C’était ce dimanche 30 novembre à la fontaine d’argent à Aix en Provence, que l’humoriste Constance a fait trembler les murs du théâtre, grâce aux nombreux rires et applaudissements du public. Un spectacle à mourir de rire.

Dans “Les mères de famille se cachent pour mourir”, mis en scène par Nicolas Lartigue, co-écrit par Jérémy Ferrari, Constance est sublime, drôle et provoquante.

Elle incarne successivement une galerie de portraits de femmes névrosées : mère au foyer, petite fille, infirmière, maîtresse ou grand-mère…La comédienne se métamorphose littéralement sous nos yeux et révèle ici tout son talent, celui d’incarner magnifiquement bien ses personnages. Son visage et sa voix se transforment pour laisser place aux autres femmes.

On apprécie l’humour provocateur et intelligent où elle bouscule les clichés, tout en disant des vérités. Toutes ces femmes ont leur place ; chaque sketch est d’une pertinence et d’une drôlerie incontestables.

La comédienne nous ici fait partager son dynamisme et son sourire qu’elle transmet à chacun des spectateurs. Au théâtre de la fontaine d’argent, le public rit aux éclats, et on sent tout le plaisir que la comédienne a de jouer avec ce dernier.

Un spectacle interactif d’où l’on ressort avec une joie immense parce que la magie a opéré. Mieux que les antidépresseurs, il y a la joie, le bonheur et le rire que provoque en nous Constance.

Un grand merci pour ce spectacle de qualité. On souhaite le meilleur à cette comédienne qui n’a pas fini de faire parler d’elle. Vous pouvez retrouver Constance dans la série humoristique de la chaine Téva “Constance ou la gueule de l’emploi”.

 

Charlotte Ferrato.

THEATRE DE LA FONTAINE D’ARGENT

5 Rue Fontaine D’Argent 13000 AIX EN PROVENCE

(c) photo DR

Hero Festival : c’est quoi ton univers ?

Publié Par Rmt News Int Sur Dans Article/Critique,Festival,Marseille,News | Commentaires désactivés
Share Button [1]

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Nous avons tous nos héros préférés, ces personnages réels ou imaginaires qui nous inspirent, qui servent d’exemples ou, bien au contraire, incarnent le mal. Ils nous font rêver et c’est sans doute pour cela que tout contact avec ces héros et tout ce qui est lié à leurs univers nous parait particulièrement émouvant et merveilleux.

Cette première édition d’Hero Festival à Marseille était un succès incontestable. Plus de 15000 visiteurs de tout âge étaient au rendez-vous. Ils étaient nombreux à participer au concours de Cosplay avec des déguisements allant des plus simples aux plus élaborés. Certains personnages étaient si bien reproduits que l’on aurait dit sortis directement d’un film ou d’un livre.

En rentrant dans le pavillon, le public ébahi se retrouvait face au vrai village médiéval, avec son Temple magnifique et son atmosphère de l’époque. Un peu plus loin, au coeur de Brocéliande (espace européenne), les fans de la BD retrouvaient leur bonheur sur les stands des créateurs. Il était possible d’avoir des autographes des artistes et même des ateliers qui enseignaient à créer sa propre BD étaient organisés.

A gauche de Brocéliande, Krypton (l’espace américain) émerveillait les arrivants à son tour. Les célèbres Ghostbusters, des artistes de Marvel, les Geeks et plein d’autres héros étaient là avec des animations fascinantes et des conférences passionnantes, comme par exemple « La Fantasy au cinéma » ou encore « La montée de l’anti-héros dans les séries télévisées américaines ».

Konoha (l’espace japonais) qui occupait la partie droite du pavillon, envoûtait tout le monde avec son atmosphère inoubliable et chaleureuse. Ici, sous les regards admiratifs du publique, se déroulaient la dégustation du thé à la japonaise, les démonstrations d’arts martiaux ou encore les ateliers d’art floral japonais, l’Ikebana.

Tout cela sans oublier les tournois de tir aux armes pneumatiques et les incontournables jeux vidéo pour touts les goûts.

« C’est vraiment génial, ce genre d’évènement, dit Maxime, étudiant en maths. Ils permettent vraiment de plonger dans un autre univers, de s’évader de la réalité. J’en ai vraiment besoin ; je n’aime pas les livres qui ne sont pas Fantasy. »

« Il n’y a rien de mal dans cette volonté de se déconnecter de la réalité, explique Kateryna Kei, auteur du livre Fantasy « L’Enfant Corbeau ». Cela permet de prendre du recul afin de mieux faire face aux problèmes du quotidien. Toutefois, je pense que ce n’est pas le but principal des créateurs des héros. Les films, les livres, les jeux sont surtout là pour enseigner quelque chose, enrichir tout en gardant la forme de loisir. »

Cette première édition de Hero Festival est devenue un univers à part que personne ne voulait quitter. Les organisateurs et les exposants ont réussi avec brio à créer une ambiance de fête et de rêve qui a laissé plein de souvenirs agréables. Or maintenant, tout le monde attend avec impatience la deuxième édition.

Jake J.

(c) photos Jake J