Humaniste et écologiste de première heure, Hundertwasser, l’autrichien néozélandais de cœur, aimait les arbres et les spirales, la nature et ses formes rondes. La toute jeune association Viens à Marseille, créée par Madame Bensoussan, propose aux marseillais de découvrir ou redécouvrir l’artiste dans le magnifique écrin de la Vieille Charité. Celui qui est connu pour avoir relooké de nombreuses bâtisses en Autriche et en Allemagne et publié de nombreux manifestes contre l’architecture rationaliste de l’après guerre se découvre ici, graveur et peintre, avec notamment un grand nombre de gravures faites au Japon exposées dans les 4 salles dédiées à l’artiste créatif qu’il était. DVDM
Plus d’infos http://www.viensamarseille.com/hundertwasser-a-marseille-2012/[2]
Jusqu’au 9 septembre 2012 au Centre de la Vieille Charité, 2 rue de la Charité, 13002 Marseille
Tarifs de 5 à 8 euro/Ouvert du mardi au dimanche 10h/18h sauf le vendredi nocturne jusqu’à 22h
Bien entendu, cette année encore, le festival reste fidèle à sa logique de pluridisciplinarité et transdisciplinarité, invitant comme il se doit les grands noms de la scène internationale, avec pour fil rouge la notion d’humanité chère à Edgar Morin.
‘Un fil conducteur ténu mais palpable’ précise Apolline Quintrand, la directrice du festival lors de la présentation de la programmation – faite simultanément en langue des signes, le festival ayant fait un effort notable en terme d’accueil du public en situation de handicap.
Humanité, oui avec le concert gratuit du 5 juillet au théâtre de la sucrière où se produira une chorale sud africaine, Phuphuma Love Minus, que le curieux retrouvera lors du spectacle de Robin Orlyn. La chorale interviendra aussi le 3 juillet à 18h30 sur les escaliers de la gare saint Charles pour partager avec le badaud leur musique traversée par la question de la reconnaissance de la culture noire urbaine qui fut longtemps méprisée en Afrique du sud.
Générosité aussi avec le 21 juin la performance d’Anne James Chaton qui sera offerte au public à 19h au sein de la galerie porte avion, 96 bd libération, et avec l’opération ‘2200 places à un euro’. Un dispositif rendu possible grâce au partenariat avec Arte et au financement de la Région PACA. Ici, le festival met à disposition des mairies de secteurs ayant signé à la charte culture* des places pour les foyers aux revenus modestes. Ces derniers paieront leur ticket 1 euro symbolique et 2200 places sont ainsi à saisir : sur les 2000 proposées l’an passé, seul un millier a été utilisé.
Alors renseignez vous auprès de Julie Moreira Miguel au 04 91 99 02 56 ou proximite@festivaldemarseille.com pour savoir si vous y êtes éligible. Il serait dommage de s’en priver, notamment en ces temps de crise. DVDM
*Les mairies achètent les places 17euros
[4]
Robin Orlyn - WALKING NEXT TO OUR SHOES (c) John Hogg
ZOOM sur le programme de cette 17ème édition du FDAmM (9 juin – 6 juillet) :
– de la danse (hip-hop, flamenco, danse-théâtre), de la musique, des installations, des projections, des performances et des interventions en espace public…
– des artistes venus d’Afrique du Sud, Angleterre, Allemagne, Belgique, Canada, Espagne, France, Israël, Suède…
– 2 créations et 4 premières en France
9 et 10 juin – Le Silo danse/vidéo/musique live
TeZukA / Sidi Larbi Cherkaoui
Une fresque épique et multimédia qui donne vie à l’univers philosophique d’Osamu Tezuka, maître du manga japonais et père d’Astro Boy.
12 et 13 juin – Salle Vallier danse/hip-hop CRÉATION
Standards / Pierre Rigal
Un précis d’intelligence graphique qui joue avec les couleurs du drapeau tricolore et observe avec malice les effets de la standardisation sur un groupe de hip-hopeurs.
15 juin –Salle Vallier danse PREMIÈRE FRANÇAISE
Al menos dos caras / Compagnie Sharon Fridman
Tout en puissance délicate, deux hommes dansent leurs pertes de repère et interrogent les sens multiples du monde tangible qui les entoure.
19 juin – Salle Vallier danse/théâtre PREMIÈRE FRANÇAISE
The Tempest Replica / Crystal Pite
La chorégraphe canadienne, danseuse inspirée venue de chez William Forsythe, présente un opus aussi magique qu’inquiétant qui donne un second souffle de vie à La Tempête, tragédie de Shakespeare sur le pouvoir et la survie.
20 juin-Le Silo danse / théâtre PREMIÈRE FRANÇAISE
The Strindberg Project / Ballet Cullberg
Dans un programme double, le fleuron de la danse scandinave met son excellence au service d’aspects méconnus de la personnalité de Strindberg. La dernière création du Ballet Cullberg, présentée pour la première fois hors de Suède.
23 et 24 juin – Esplanade Bargemon danse PREMIÈRE FRANÇAISE
En Plata / Enclave Español
Du classique espagnol au flamenco, une somptueuse traversée de l’Espagne qui fait la part belle aux puissances telluriques de la belle Ibère.
27 et 28 juin – Klap danse
Cara pintada / Janet Novás
Un solo conçu comme un conte surréaliste qui met en scène le tempérament de son interprète dans une danse de la métamorphose aussi théâtrale que picturale.
29 et 30 juin – Salle Vallier danse-théâtre
À Louer / Peeping Tom
Un thriller chorégraphique drôle et sauvage, comme seuls les Belges savent en faire, qui met le corps et l’esprit à l’épreuve de l’ennui et de la barbarie.
4 juillet – Salle Vallier danse/musique live
Walking next to our shoes… intoxicated by strawberries and cream, we enter
continents without knocking… / Robyn Orlin
Première invitation au Festival de la chorégraphe sud-africaine avec un opéra-cabaret engagé qui mêle avec humour chant, danse et vidéo et traite avec réalisme de l’actualité sudafricaine
5 juillet – Théâtre de La Sucrière musique
Phuphuma Love Minus
Complice de Robyn Orlin, cette joyeuse chorale zouloue se produit à la Sucrière avec un
répertoire unique et un sens de la fête hors du commun.
6 juillet – Le Silo danse / musique live
Impromptus / Sasha Waltz & Guests
Une pièce maîtresse de l’oeuvre de Sasha Waltz dédiée à l’éternel voyageur qui se cache dans les compositions romantiques de Schubert.
Et pendant toute la durée du Festival :
Stills / Kris Verdonck Vieux-Port installation vidéo CRÉATION
Après Rome, Bruxelles, Courtrai, Budapest, Glasgow ou encore Gijón, le Festival invite l’un des veilleurs du plasticien chorégraphe belge à veiller sur la cité phocéenne.
Tôt ou Tard / Richard Baquié Palais de la Bourse installation
Émoi et émotion avec cette installation qui ravive le souvenir d’une performance pluridisciplinaire créée à Marseille en 1994 pour n’être jouée qu’une seule fois. L’écrivain Emmanuel Loi redonne vie à l’oeuvre du sculpteur marseillais Richard Baquié avec la complicité du compositeur musicien Jean-Marc Montera.
Autogene et SoleNoid / Peter William Holden – Salle Vallier et Alcazar installations
Une exposition à mi-chemin entre The Transformers et The Artist conçue pour deux sculptures performances fascinantes, drôles et oniriques.
Carte blanche à marseille objectif DansE / Focus sur Anne Teresa de Keersmaeker et Thierry De Mey. Première projection le 1er juin à la Cité Radieuse.
Pour cette édition, sous l’égide de la ville de Marseille, le festival de jazz marseillais, inventé en 2000 par feu Roger Luccioni auquel Jean Claude Gaudin et toute l’équipe du festival rend hommage pour son initiative visionnaire, a bien grandi depuis sa création avec 8 soirées au lieu des 5 soirées originelles et, ce qui n’est pas sans nous déplaire, s’ouvre plus largement aux femmes. ‘Éclectisme et magnétisme’, tel est l’étendard de cette édition pour reprendre l’expression d’Anne Marie d’Estienne d’Orves.
[6]
ANNE MARIE D'ESTIENNE D'ORVES ET JEAN CLAUDE GAUDIN
[7]
REGIS GUERBOIS ET BERNARD SOUROQUE
Un habile dosage entre premières parties faites de découvertes et concerts de grands noms du jazz dans le bel écrin du Parc Longchamp.
[8]
Bernard Souroque, le directeur artistique rappelle qu’après la guerre et jusque dans les années 70, Marseille était la capitale du Jazz… Alors qu’en est-il de la programmation de ce festival au rayonnement désormais international, définie par le maire de Marseille comme étant ‘LA’ manifestation du Sud de la France?
En dehors de la soirée d’ouverture du 17 juillet, soirée offerte sur le cours d’Estienne d’Orves, dédiée aux musiciens régionaux avec Raphael Imbert suivi du groupe féminin Doodlin’ – en photo ci-dessus, le festival accueille de grandes stars : PAT METHENY le 18, précédé de Ballake Sissoko et Vincent Segal pour un hommage aux cordes ; AVISHAI COHEN le 19 avec en première partie Ibrahim Maalouf, une des découvertes du festival de jazz des 5 continents à ses débuts ; STACEY KENT et Térez Montcalm pour les voix féminines le 20; le groupe mythique redécouvert par le film ‘Intouchables’, Earth Wind and Fire et Al Jarreau, pour une soirée festive le 21 ; Robin McKelle et Gregory Porter feront vibrer le Silo le 23 ; le duo inédit de Paolo Fresu –présent lors d’une rencontre à l’ALCAZAR sur .le thème ‘Jazz e Italia’ le 24 à 17h- et Omar Sosa sera suivi de Bobby McFerrin, l’auteur du tube planétaire ‘don’t worry, be happy’ le 24 ; SONNY ROLLINS, l’octogénaire légendaire, offrira un concert unique pour clôturer le festival le 25 juillet. Bien entendu, le festival, ce ne sont pas que des concerts : ce sont aussi des rencontres, des conférences musicales, des after au Radisson Blu Marseille Vieux Port, des expositions et des projections avec un clin d’œil à l’Italie –projection de ‘Bix’ de Pupi Avati le 25, 14h30 à l’Alcazar, une proposition du festival Film Femmes Méditerranée- sans oublier l’opération ‘Jazz et pétanque’ en partenariat avec la Marseillaise. Une programmation largement ouverte, diverse et abondante, avec des tarifs relativement bas (les tarifs vont de 19 à 35 euros et le festival participe à l’opération carte flux, voir notre article[9]) et une accessibilité accrue pour les handicapés, notamment les malentendants avec la mise à disposition de bandes sonores magnétiques.
Outre les nombreux partenariats développés avec d’autres festivals européens, l’engagement dans le respect de l’environnement – réduction de l’usage du papier, entre autres-, une réorganisation du parc permettra cette année d’accueillir 4000 festivaliers au lieu de 3000 par soirées (soit pour l’an passé une fréquentation de 30000 spectateurs dont 15 pourcent d’étrangers). Ainsi, un avant gout de 2013 sera proposé cet été au public marseillais et aux curieux, qu’ils soient aficionados ou non de Jazz. DVDM
Plus d’infos sur www.fj5c.com[10] / Horaires : 20h30 pour les concerts
Sans être mauvaise langue, Marseille Provence Capitale Européenne de la Culture 2013 oblige, l’Opéra propose au public marseillais une saison lyrique mettant à l’honneur les nombreuses œuvres se déroulant sur le pourtour méditerranéen.
[11]
Wagner dont ce sera le bicentenaire sera le grand absent de la programmation lyrique, hélas, mais fera son apparition du coté des concerts, pour le bonheur des amateurs !!! Non pas que la programmation ne soit pas qualitative ; au contraire de nombreuses stars du lyrique viendront en cette proche saison 2012/2013. Roberto Alagna, un habitué de la maison depuis qu’il a fait sa prise de rôle dans ‘Marius et Fanny’, jouera Énée dans ‘les Troyens’, version concertante, de Berlioz en juillet, une prise de rôle ; Vladimir Galouzine dont on se souvient de son interprétation de Calaf dans le magnifique ‘Turandot’ mis en scène par Roubaud, donné en 2000, interprétera le rôle titre dans ‘l’Otello’ de Verdi, prévu fin Mars. Des divas non moins talentueuses viendront émailler la saison : la charmante Béatrice Uria Monzon sera la Cléopâtre de l’Opéra de Massenet en juin et interprétera les rôles de Didon et Cassandre dans ‘les Troyens’ ; Marie Ange Todorovitch, décidément à l’honneur en notre ville, plaisir que nous ne bouderons pas, se produira dans ‘Italiana in Algeri’ de Rossini pour les fêtes et ‘Elektra’ de Strauss en février ; Kate Aldrich fait son retour dans ‘la Clemenza di Tito’ de Mozart en mai. Jean François Lapointe sera aussi présent dans le rôle d’Escamillo de ‘Carmen’ de Bizet, faisant l’ouverture de saison, et dans celui de Marc Antoine dans ‘Cléopâtre’. Sans oublier le ‘Poliuto’ de Donizetti – une première en notre ville- qui sera donné en novembre dans une version concertante sous la direction du très apprécié Alain Guindal – qui avait dirigé le fabuleux ‘Roberto Devereux’- avec une distribution italienne de haut niveau. Entre autres personnalités, nous aurons la joie de retrouver les mises en scène de Charles Roubaud sur ‘Elektra’ et ‘Cléopâtre’. Que du beau monde et de belles promesses…. Sans oublier les concerts de l’Orchestre philharmonique de Marseille : ces derniers auront lieu à l’Opéra, à l’auditorium du Pharo et au Silo – dont l’acoustique a été revue pour les besoins de ces concerts- avec entre autres, un hommage à Wagner le 12 avril au Silo et une mise à l’honneur du jeune Thomas Leleu, récompensé aux Victoires de la Musique avec un programme pour Tuba la soirée du 8 mars au Pharo. Nathalie Dessay fera son grand retour en donnant un concert hommage à Michel Legrand en décembre à l’Opéra après le concert de Mariella Devia autour des Airs d’Opéras de Bellini, Donizetti et Verdi sous la direction d’Alain Guindal, même lieu!
[12]
Effet MP2013 ou pas, il est vrai que cette saison se distingue par sa durée puisque le dernier Opéra sera donné mi juillet… Prévoyez vos éventails, il n’est pas certain qu’un système de climatisation soit mis en place : entre lenteurs administratives –rappelons que l’Opéra est en régie municipale, ce qui complique les choses-, et le bruit des climatiseurs classiques, trouver une solution est bien complexe en si peu de temps ! Mais réjouissons nous car dès le mois de juin 2012, nous allons pouvoir admirer de nouveau la magnifique façade rénovée de l’Opéra, un chef d’œuvre art déco. Les travaux de réfections sont en bonne voie et le badaud peut déjà apercevoir l’entrée du temple du lyrisme dès maintenant. Un haut lieu de culture hélas boudé par MP2013 : outre l’oubli premier de l’association, elle n’a pas retenu les propositions de création du ‘Comte de Monte Christo’ et du ‘Hussard sur le Toit’ ni certains programmes à visée pérenne. De plus, seuls 250 000 euros vont être attribués pour la création des ‘Troyens’, autant dire des cacahouètes quand on sait le cout d’une production, notamment en termes d’équipe artistique. Une des raisons de la proposition d’une version concertante de ce péplum de 4h15 !!! Fort heureusement, l’Opéra peut compter sur l’assiduité de son public – 110 000 spectateurs- et les collaborations entamées avec les structures musicales marseillaises comme le GMEM ou Musicatreize et les principales structures chorégraphiques, le BNM ou le ballet d’Europe. Et peut être une aide du Conseil Général même si de son propre aveu, Jeannine Imbert n’a pas été approchée par Jean Noël Guérini concernant une quelconque subvention du CG. Ceci dit, si tel était le cas, elle en serait ravie ; elle dont la maison dispose d’un budget global de 16 millions d’euro pour le fonctionnement. ‘Douze millions sont consacrés à l’artistique’, précise-t-elle. Avant d’ajouter les nombreuses actions culturelles qui -sous la houlette de Guillaume Schmitt- sont faites auprès des publics jeunes, retraités ou prisonniers avec les opérations comme ‘L’opéra c’est classe’ ou ‘musiciens au collège’, voire les interventions de solistes du chœur dans les maisons de retraite. Bref, tout un panel d’actions visant à démystifier l’Opéra. Ce dernier est ‘un art qui a su rester authentiquement populaire à Marseille’ souligne Maurice Xiberras, l’actuel directeur, heureux des 124 000 visites sur le site internet, tout récent, de l’Opéra et du rajeunissement du public. ‘L’opéra pour tout le monde’, pour reprendre le mot de Madame Imbert, ce sera le 7 juillet place Bargemon avec un concert gratuit de Roberto Alagna dans un programme mêlant Airs lyriques et musiques populaires mais aussi lors du festival de musique sacrée qui débute le 11 mai. Entre concerts gratuits en différentes églises de notre ville et concerts au tarif de 11 euros dans le fief du festival, l’église Saint Michel, le curieux pourra se délecter du Stabat Mater de Rossini, du Requiem de Donizetti, de la venue exceptionnelle de Richard Galliano, l’accordéoniste, avec son sextet Bach ou encore d’œuvres moins connues de Britten.
Et comme une bonne saison ne peut exclure des ouvertures publiques, le 13 janvier 2013, le lendemain de l’ouverture officielle de l’année Capitale, l’Opéra offrira des concerts du CNIPAL, de l’Orchestre symphonique dont un extrait des ‘Troyens’ sera donné en avant première. A vos agendas ! DVDM
Enfin une programmation digne d’un festival international. Avec 400 000 euro de budget sont 130 000 de fonds privés, les Nuits d’Istres ont réussi le tour de force de proposer une affiche avec les plus grands noms du Jazz et de la World. Cette année, les nuits d’Istres proposent 4 concerts d’exception, au lieu de 3 concerts et d’un one man show comme il était d’usage lors des éditions précédentes.
Citons la venue de Jessye Norman, la diva du Jazz, qui ne donne que trois concerts en France dont une date unique dans le Sud le 2 juillet, et de deux jazzmen dont les noms seuls évoquent des parcours exceptionnels : George Benson et Ahmad Jawal, le 9 juillet. Ce sera par ailleurs une première mondiale que de voir ensemble les deux monstres sacrés, venus tous deux de Pittsburg ! Le tout dans un écrin magnifique et intimiste, le pavillon de Grignan. De quoi séduire les amoureux de la musique jazzy et du blues. Coté world, Yannick Noah, le 4 juillet, viendra offrir un concert en acoustique et Gilberto Gil, le roi de la bossa, clôturera ces nuits le 14 juillet. Les nuits d’Istres, c’est donc un festival à part entière porté par la ville d’Istres. Cette dernière fait par ailleurs appel pour les avant et après concerts à un restaurateur étoilé du Michelin, ‘La table de Sébastien’, pour offrir au public des verrines et autres amuses bouche gastronomiques, exclusivement concoctés à partir de légumes, viandes, poissons et aromates de la région et de saison, s’il vous plait.
Les nuits d’Istres, c’est aussi un festival engagé : Madame Joulia, la première adjointe au maire, en charge de la politique de la ville et de la culture, insiste sur la notion d’engagement citoyen des artistes invités. Jessye Norman, fervente défenseure de l’Opera, un art qu’elle met à la portée des gens, engagée dans de nombreuses causes, offrira un voyage au travers de l’Histoire du jazz, réinterprétant Joséphine Baker et autres grands noms du jazz. Yannick Noha, personnalité préférée des français qui chaque année coiffe Zizou au pot, a invité pour sa première partie un jeune groupe venant de Belgique, composé de jeunes musiciens malgaches, Suarez, un petit groupe qui monte, aux compositions musicales et textes de belle tenue. La dernière soirée consacre l’engagement politique de Gilberto Gil, ministre de la culture, fer de lance de la revendication de la conscience noire, avec en première partie un ancien top model, excisée à l’âge de 4 ans et qui se bat contre ces pratiques, Inna Modja.
Pour le bonheur du public, cette année les tarifs ont baissé : de 25 à 38 euros la place, ce qui au regard des prix pratiqués ailleurs reste honnête et abordable. Alors pourquoi ne pas faire un détour par Istres cette Été et profiter d’un cadre magnifique et de ses balades musicales au fil de l’eau. DVDM
L’Homosexuel ou la Difficulté de s’exprimer, compagnie les gens d’en face,
Étape de travail présentée à la Friche belle de mai le 6 avril 2012
Coproduction Théâtre Comoedia, Théâtre des Bernardines
Écrite en 1971 en Français, par l’argentin Copi, également dessinateur pour Hara Kiri et Charlie Hebdo, L’Homosexuel ou la Difficulté de s’exprimer, est une pièce de théâtre traitant de ce que nous nommons aujourd’hui ‘transgenre’, plus précisément la transsexualité en mettant en scène des transsexuels hommes/femmes vivant des amours homosexuelles.
Pour la petite histoire, le spectateur se trouve face à un huis clos en Sibérie où la professeure de piano, Madame Garbo, vient chercher son élève Irina, qui depuis deux mois refuse d’aller à ses cours, préférant côtoyer les cosaques ou plutôt ‘se faire sauter‘ par tout ce qui bouge, y compris Garbenko, le mari de la Garbo, et la Madre, sa mère adoptive avec laquelle elle entretient des rapports amoureux complexes aux limites du sadomasochisme. Madre s’est faite opérée pour être déportée avec Irina, jadis opérée au Maroc pour ‘se faire pousser les seins’ avouera-t-elle. Madame Garbo veut emmener en Chine celle qu’elle aime : Irina, cette enfant à la fois pure et machiavélique, absente d’elle-même qui s’oublie dans le sexe quitte à en subir physiquement les conséquences. Ici, à l’exception de Garbenko et Pouchkine, les trois figures principales de la pièce sont des transsexuels – et non des travestis- soit deux hommes s’étant transformés en femme – l’un complétement, l’autre par amour mais dont on soupçonne qu’il a gardé son sexe masculin- et une femme ayant un sexe d’homme mais conservant ses attributs féminins, opérée plus ou moins contre son gré. Copi, dont l’écriture est sans fard – le vocabulaire cru et direct peut choquer les âmes sensibles-, questionne avec justesse l’être. De cet homme ou de cette femme, qui suis-je ? Qu’est ce qui me constitue homme ou femme ?
La mise en scène proposée par Christophe Chave est sobre et efficace ; un escalier en colimaçon grinçant et un mur aux couleurs sombres pour unique scénographie, un bac à glaçon – à la symbolique un peu trop appuyée- sur le coté pour seul élément de décors. Afin d’interpréter les personnages, il a fait appel à cinq comédiens hommes, un choix judicieux. Irina, vêtue d’une chemise de nuit blanche, à la gestique saccadée, au corps désarticulé, un masque d’impassibilité sur le visage, le regard perdu dans des nimbes lointaines ; Madre avec sa robe et ses chaussures rappelant ses origines modestes, s’agitant dans tous les sens derrière sa fille adoptive ; Garbo avec sa fourrure et ses talons signifiant la noblesse de son rang, le port digne et la démarche faussement assurée. Garbenko en habits noirs, avec ses allures militaires et son défaut de langue, Pouchkine avec son long manteau distingué ne sachant marcher avec ses talons.
Chacun des comédiens est fort juste dans son interprétation, avec une mention spéciale pour ceux qui incarnent Irina et Garbo. La sobriété de leur jeu – en contraste avec l’aspect surréaliste du récit, Irina aurait avorté d’un petit que lui aurait fait Garbo, sans compter les multiples rebondissements internes au récit- fait éclater avec plus de violence les meurtrissures des personnages mutilés dans leur chair et la difficulté de leur condition. Le spectateur peut sentir le basculement vers l’horreur d’une situation à l’issue fatale. Hélas, l’arrivée maladroite de Pouchkine oriente le public vers un rire – certes nerveux- mais un rire qui, au regard du sujet, n’est pas de mise. Notamment dans cette mise en scène où le transsexuel n’est -pour une fois et fort heureusement- pas représenté comme une grande folle hystérique mais sous un jour plus proche d’une réalité quotidienne.
Cette étape de travail donnera lieu en 2013 à une trilogie autour de la question du genre, projet certes labellisé 2013 mais dont le financement et les lieux de représentations restent à trouver encore pour la compagnie régionale. Le projet en trois parties inclura ‘les quatre jumelles’, une pièce déjà créée par la compagnie. A SUIVRE. DVDM.
Matilde Politi est une chanteuse sicilienne, originaire de Palerme. Accompagnée de son frère Gabriele, violoniste spécialisé en musique baroque, soliste et membre des Ensemble di Strumenti Antichi del Conservatorio di Palermo et Studio di musica antica Antonio il Verso – ensembles baroques italiens- et de Simona Di Gregorio, jeune femme originaire de Catane (Sicile), également chanteuse et poly-instrumentiste spécialiste en musique traditionnelle sicilienne, elle est venue partager lors de Babelmed Music sa passion pour la musique de son pays, hélas en voie de disparition, problématique aggravée par la fermeture de nombreux festivals au sein de l’ile depuis quelques années.
no images were found
Photos de Matilde Politi et son groupe, signées Laurent Grino
Habituée à des formations de huit personnes incluant des artistes d’origines diverses, elle a choisi une formation réduite pour offrir au public un échantillon de musiques traditionnelles siciliennes. Nous avons rencontré la jeune femme pour laquelle monter sur scène est déjà un acte politique, un engagement.
Pour la petite histoire, Matilde a débuté par le théâtre dès l’âge de 14 ans, étudiant le théâtre contemporain à Pontedera (Italie) où Grotowsky, créateur du théâtre pauvre et organique dirigea un Workcenter dans les années 80 avant de mourir. Matilde apprit au cours des exercices du Workcenter à se concentrer sur la réminiscence de chants anciens dormant dans la mémoire : ce travail sur la voix et le corps facilitèrent son apprentissage du chant et de la musique lorsqu’elle décida de quitter le théâtre, discipline de laquelle il est difficile de vivre – encore plus en Sicile- et qu’il est impossible de manager tout seul. Diplôme d’Anthropologie culturelle en poche, curieuse du patrimoine de son pays, elle choisit de retourner en sa terre natale et de faire des recherches sur les musiques traditionnelles que ‘même les anciens n’osent plus chanter’ afin de faire revivre cette tradition que la seconde partie du XXème siècle a bouleversé : ‘la vie quotidienne a beaucoup changé après la seconde guerre mondiale en Sicile et les anciens ne croient pas en la richesse de leur patrimoine, la Télévision a transformé beaucoup de choses’ nous explique celle qui, humblement, ne se proclame pas musicienne. ‘Mais il est important de remettre cette tradition en avant. Nous avons trouvé de nombreux chants mis en musique au cours du 20eme siècle et enregistrés dans les années 70.’
Le répertoire de la chanteuse-musicienne se compose alors de chants traditionnels et de créations originales* respectant les modèles de la musique traditionnelle sicilienne et intégrant des polyphonies afro. Car l’artiste nous confie ‘Je ne peux – et ne veux- pas chanter en italien ni en anglais ou dans une autre langue : je ne me retrouve qu’en chantant en sicilien.’ La chanteuse est très attachée à son pays, une terre où l’immigration pose de nombreuses difficultés et tensions sociales, entre les arrivées et les départs de milliers de clandestins. Cette problématique a poussé Matilde à créer une structure d’accueil afin d’intégrer les immigrés via la musique ; pour elle, c’est la meilleure façon de rencontrer et connaitre l’autre. ‘J’apprends beaucoup des africains quand ils prennent leur percussion et jouent. Je n‘ ai rien à leur apprendre et pour moi, c’est important d’être ensemble, de partager et d’apprendre les uns des autres. Mais il est difficile de faire vivre cette association, il nous faut trouver des sponsors et l’aide sociale diminue de plus en plus.’ Sensible aux problématiques environnementales, elle souhaite aussi développer une association de tourisme musical responsable ‘afin de faire découvrir la richesse des traditions siciliennes. Créer un voyage musical’.
Et c’est ce qu’elle fit pourtant le 31 mars. Son concert proposait de découvrir des chants traditionnels, accompagnés par un accordéon diaphonique, un violon – avec l’excellent Gabriele- et des instruments traditionnels – tambourellos et autres percussions que les deux jeunes femmes maitrisent fort bien. Ambiance dansante et festive assurée ! Et même si 45 minutes de concert, c’est peu au regard de la diversité du répertoire, ce fut un très agréable moment de découverte et une belle rencontre artistique et humaine. DVDM
*Certaines de ses chansons sont inspirées par des auteurs siciliens tels que Buttitta dont elle reprend les textes dans son album au titre significatif ‘A tirannia’, un album regroupant des chants politiques et racontant l’histoire du peuple sicilien.