- RMTnews International - https://www.rmtnewsinternational.com -

LGBTous ! : Le festival qui célèbre la diversité et brise les tabous à Marseille

Share Button [1]

Du 2 février au 1er mars 2025, le Théâtre du Têtard [2] à Marseille accueillera la deuxième édition du festival LGBTous !, un événement pluridisciplinaire qui promet d’être à la fois ambitieux et convivial. Sous le parrainage artistique de l’incontournable Zize Dupanier, ce festival se veut une “Ode à la diversité, pour tous, sans aucun esprit communautaire”, un lieu de fête et de réflexion où les questions de genre et d’orientation sexuelle sont abordées avec humour et audace.

Un festival engagé et inclusif

Loin de tout communautarisme, LGBTous ! se veut universel et ouvert à tous, quelles que soient l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. L’événement se propose de bousculer l’hétéronormativité ambiante avec douceur et ferveur, en invitant le public à remettre en question ses certitudes. Au programme : de la bonne humeur, de l’autodérision, du kitsch pailleté et l’humour des cultures LGBT.

Une programmation éclectique et audacieuse

Le festival offre une programmation de haut niveau, avec des artistes de renommée nationale. Au menu : théâtre, musique, cabaret, conférences et écriture.

Dimanche 2 février à 17h : Préparez-vous à être surpris par “QUEue du Q !” du Yomasow, avec Yohan Desvaux et mis en scène par Frédéric Chambon, un spectacle “hot” qui brise les tabous.

Vendredi 7 février à 20h : Le Cabaret Sortilège vous transportera dans un univers de transformisme et de drag queens, avec Draven et ses danseuses.

Samedi 8 février à 20h : Patrick Adler vous fera rire et réfléchir sur l’approche de la mort avec son spectacle “Je vous croyais mort”.

Dimanche 9 février à 17h : “Si Dieu veut”, avec Mathieu Labrouche et Mina Merard, une comédie décapante qui interroge les préjugés avec humour.

Vendredi 14 février à 20h : Laissez-vous émouvoir par “Mon petit grand frère” de et avec Miguel-Ange Sarmiento, un seul en scène poignant sur les liens familiaux.

Samedi 15 février à 20h et dimanche 16 février à 17h : Ne manquez pas “Miss Purple se lâche”, avec Arlette Najsztat et Deen Aboud, une comédie où une comédienne senior pleine d’énergie fait face à un journaliste farfelu.

Vendredi 21 février à 20h : L’humour sera à l’honneur avec le “Hilarious Show”, présenté par Christophe Combarieu et Mathieu Wilhelm, avec Denise, Morgane Mazette, et Laurent Garbarino. Un spectacle qui célèbre l’humour LGBT+ sous toutes ses formes.

Samedi 22 février à 20h : Soyez les premiers à découvrir le nouveau spectacle de Zize lors de sa session de rodage, et choisissez les sketchs cultes qu’elle jouera sur scène.

Dimanche 23 février à 17h : Plongez dans une réflexion sur les “Chemins sinueux du désir” lors d’une conférence théâtralisée par Catherina Kiss.

Dimanche 1er mars à 17h : Laissez-vous séduire par “Les Amours de Gabrielle” d’Édith Godefroid, un spectacle mêlant art clownesque, acrobatie et jonglerie, qui aborde les difficultés de trouver l’amour pour les minorités de genre.

Un espace de convivialité et d’échange

Au-delà des spectacles, le festival LGBTous ! se veut un véritable lieu de rencontre et d’échange. Des espaces d’échanges, des stands associatifs, des prises de parole et des discussions seront proposés tout au long de l’événement. Les organisateurs mettront un point d’honneur à réserver un accueil convivial au public, avec des moments de partage avant et après les spectacles.

Le festival LGBTous ! est un événement engagé, festif et ouvert à tous, qui promet de sensibiliser sur les discriminations tout en célébrant la diversité et la richesse des cultures LGBT. Les tarifs varient d’un spectacle à l’autre et sont consultables sur le site Billetreduc.com (à partir de 13€)

DVDM

En une: Zize en rodage © Théâtre du Têtard

Célébration des saltimbanques et des collectionneurs au Mucem

Publié Par Rmt News Int Sur Dans Article/Critique,Billet d'humeur,Coup de Coeur,Entretien/Portrait,Exposition,Flash Information(s),Gastronomie,Marseille,MP2013,News,Save the Date,Théâtre/Opéra | Commentaires désactivés
Share Button [1]

« En piste ! Clowns, pitres et saltimbanques… », la nouvelle exposition du Mucem (au J4), signée Macha Makkeïf, nous transporte dans l’univers incroyable des artistes de cirque entre sublime et tragique jusqu’au 12 mai à Marseille. Une programmation dédiée complète l’expérience.

Une exposition sublime et enchanteresse

On entre par un petit vestibule où nous accueillent entre deux grands tableaux, un perroquet bleu et un chien inquiétant aux larges babines. Le ton de l’exposition est donné. On entre dans l’univers merveilleux et intrigant du Cirque, de ses origines à nos jours.

[3]

Puis dans la grande salle de 1200m2, au centre, se dévoilent trois pistes de cirque. Dans la 1ère, trône la nana noire upside down (1965/66) de Niki de Saint Phalle, puis la 2ème s’ouvre sur le bestiaire de Macha et la 3ème offre à découvrir un défilé de mannequins noires revêtant leur apparat de clown.

[4]

Des petites nefs, cagibis, loges et autres recoins à peine cachés recèlent de merveilles : des marionnettes en bois de Guignol, l’Arlequin inachevé de Picasso, des œuvres de Daumier ou Fernand léger, de costumes de cirque chinois, des projections de films muets, des images de contorsionnistes à l’image de Chester Kingston, l’homme caoutchouc ; du danseur de music-hall anglais Little Tich ou encore de Sarah Bernard dans Théodora.

[5]

En fond de salle, deux roulottes exhibent leur habitacle en correspondance avec le stand de tir à la carabine placé du côté de la parade des mannequins.

Se raconte au travers de cette exposition surréaliste l’histoire des artistes, ces bêtes de foire ou freaks des cirques itinérants d’hier et d’aujourd’hui, le tout sublimé par un jeu de lumière délicat dans une scénographie intelligemment pensée.

[6]

Du grand art et pour ma part, une des meilleures expositions du Mucem ! DVDM

Interview de Macha Makkeïf

[7]

Les coulisses de l’exposition

« Pour l’exposition, comme pour un spectacle, j’ai fait une grande maquette où je pose l’espace, les châssis, les distances, puis les couleurs et je réfléchis aux effets cinétiques, je vais jusqu’à mettre des images à l’échelle des tableaux que je vais accrocher. L’avantage de travailler à l’ancienne avec une maquette, c’est que votre regard y entre, se faufile, et vous vous dites, ah, si je passe par là, je vois ça… »

[8]

« Je prévois énormément de choses, j’y travaille depuis 2 ans, mais parfois, un objet se met à parler, à répondre à une œuvre. Ce dialogue entre les œuvres d’art et les objets ou les accessoires de théâtre m’intéresse. J’ai une ronde d’objets qui ont tous joué et sont comme des acteurs qui me disent « mais alors, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » Et les expositions sont là pour réinventer l’histoire avec ces déclassés, ceux qui n’ont plus leur place sur scène, on invente une autre scène pour qu’ils puissent jouer. »

[9]

« Le théâtre est ancré chez moi et je l’ai transporté au Mucem. J’ai voulu construire un récit pour que le public qui déambule, quel que soit son âge, et d’où qu’il vienne, puisse lui-même, elle-même, se raconter son histoire même si j’en raconte une. On peut regarder le spectaculaire, la subtilité entre deux œuvres, et s’interroger sur l’histoire de tel ou tel saltimbanque, connu ou moins connu ».

Bienvenue dans le Bestiaire du Bonimenteur

« C’est une célébration mystique de la condition du saltimbanque de Fratellini à Jacques Tati et du collectionneur, le docteur Frère. Médecin des clowns, des acrobates, des dompteurs, il les a vus grandir, être au sommet de leur carrière, et puis tout d’un coup, être comme dans les tableaux de Gustave Doré, dans un poème de Baudelaire, ou dans un film de Fellini, un vieux clown ou un vieil acrobate un peu boiteux. La figure de l’acrobate nous remet face à notre destin, raconte notre humanité. »

[10]

« Les artistes lui ont confié des petits trésors, un costume, une perruque, un accessoire, une paire de chaussures. Avec ces accessoires et costumes, j’ai imaginé une grande parade décalée pour créer un défilé Haute Couture avec des mannequins femmes. C’est aussi un hommage à ceux qui font les costumes de théâtre et à la Haute Couture, Lacroix que j’adore. Il y a aussi des costumes de la maison Jean Villard autour de l’Arlequin, des masques de théâtre et des costumes de mes spectacles, Alice versus  Lewis et des Apaches avec des extraits des Apaches et de films muets dans un Nickelodeon. »

[11]

«  Il y a ici et là des gestes de fantaisie, avec les bêtes, des spécimens du musée d’histoire naturelle, et des bêtes à moi qui ont toutes joué, à part le petit zèbre. C’est son premier rôle. […] Un livre aux éditions de la Martinière prolonge l’exposition. C’est un livre-objet, qui, d’une certaine façon, ressemble à l’exposition, alors qu’elle n’existait pas encore quand on l’a réalisé. » [12]

« Le Mucem est le plus jeune musée national de France, on peut y faire toutes les expérimentations et ça, c’est formidable d’autant plus que je l’ai vu naitre quand j’étais directrice de la Criée. »

[13]

Des projets plein les poches

« Actuellement, je vis entre Marseille et Paris. Je prépare une exposition pour 2026 au Palais des Papes, qui s’appelle Les fantômes du Palais. Entre deux tournées de Don Juan avec ma troupe et un livre sur Tartuffe et Don Juan, en cours d’écriture,  je vais travailler sur un nouveau spectacle avec ma troupe, des acteurs magnifiques, et de jeunes artistes que j’ai rencontré au Fresnois. »

[14]

« Après avoir tourné un court métrage avec eux, j’ai eu l’envie de faire une création sous forme d’un Slapstick c’est-à-dire sans texte avec des personnages clownesques, un peu perdus, renouer avec ce que j’ai fait pendant longtemps, un peu dans le même esprit que l’exposition. J’aime beaucoup ce théâtre qui ne repose pas sur le texte, faire du théâtre avec juste le corps, les choses, les objets, la lumière même si j’aime aussi les grands textes. »

Propos recueillis par Diane Vandermolina/ Photos ©DVDM

Toutes les infos sur : En piste ! —Mucem [15]

Classical Broadway au palais Neptune (Toulon) le 28/12/2024

Publié Par Rmt News Int Sur Dans Article/Critique,Billet d'humeur,Danse,Exposition,Flash Information(s),Gastronomie,MP2013,News,Région PACA,Théâtre/Opéra | Commentaires désactivés
Share Button [1]

Quand l’opéra se mêle à l’univers de Broadway

Sous la direction de Larry Blank, un expert reconnu dans le domaine, l’Orchestre de l’Opéra de Toulon rend hommage aux grands compositeurs de comédies musicales, parmi lesquels, Stephen Sondheim, Leonard Bernstein, Richard Rodgers, George Gershwin, John Kander, Irving Berlin, jérôme Kern…avec un petit clin d’œil aux grands compositeurs lyriques : Rossini et Puccini.

L’ensemble, accompagné des talents vocaux de Jasmine Roy, Sinan Bertrand, Beate Mordal et Guillaume Andrieux, mêle virtuosité vocale et orchestration, alliant musique classique, jazz et énergie des comédies musicales.

Le spectacle plonge le public dans l’âge d’or des années 1920, en explorant l’émergence de la comédie musicale moderne et l’influence du jazz sur les chansons de Broadway, qui ont traversé les frontières grâce au cinéma hollywoodien, propulsant ainsi ces airs emblématiques à l’échelle mondiale et transformant à jamais la scène musicale internationale. Il offre également une perspective nouvelle sur des œuvres intemporelles telles que, la bohème, le barbier de séville, new york, new york, la cage aux folles… tout en invitant le public à redécouvrir les compositions majeures qui ont marqué l’histoire de la scène musicale américaine.

L’Opéra de Toulon a été parmi les pionniers en France à intégrer la comédie musicale dans sa programmation, avec des productions remarquables telles que Street Scene, Follies, Wonderful town, ou South pacific.  

Jasmine Roy, en plus de ses performances vocales, anime le spectacle avec charisme, créant une interaction spéciale avec le public et transformant le concert en un véritable voyage musical. C’est un hommage vibrant à la fusion des genres, une expérience inoubliable pleine de grandeur.

Petit bémol : Il y a eu un court passage de claquettes mais contrairement aux grandes comédies musicales, le spectacle n’a pas intégré de chorégraphies élaborées ni de costumes mettant en avant l’aspect visuel flamboyant souvent associé à ce genre.

Leïla METINA-BOUCHOUR 

Direction Musicale : Larry Blank

Mise en scène : Sinan Bertrand

Avec :

Jasmine Roy

Sinan Bertrand

Beate Mordal

Guillaume Andrieux

Et l’orchestre de l’Opéra de Toulon

Photos : ©Kévin Bouffard – Opéra de Toulon

La Belle de Cadix, opérette en deux actes de Francis Lopez

Publié Par Rmt News Int Sur Dans Article/Critique,Billet d'humeur,Flash Information(s),Gastronomie,Marseille,MP2013,News,Théâtre/Opéra | Commentaires désactivés
Share Button [1]

Livret de Raymond Vincy et Émile Audiffred, Paris 1945

Théâtre Odéon, Marseille, Samedi 23 et dimanche 24 novembre, 14H30

          L’ŒUVRE

Sur un livret de Raymond Ovanessian, dit Raymond Vincy, librettiste et parolier français d’origine arménienne né à Marseille, et la complicité d’Émile Audiffred, originaire de Toulon, chanteur bien connu en son temps à Marseille au Palais de Cristal et à l’Alcazar. Avec ces deux artistes, auteur l’un et chanteur l’autre d’opérettes marseillaises, leur Belle de Cadix aurait pu l’être aussi. Prévue comme une opérette à la mode de Marseille, les deux compères avaient écrit le Mariage à l’essai. Mais le Casino Montparnasse s’empara du livret le destinant à Francis Lopez, dentiste mais compositeur de chansons à succès, d’origine basque par ses parents, qui choisit son compatriote de l’autre côté des Pyrénées, Mariano Eusebio González y García, un ténor hésitant entre l’opéra et les variétés, qui perçait sous le nom de Luis Mariano.

On songeait à transposer l’action en Hongrie, mais, Bohémiens pour Bohémiens, Lopez leur préféra les gitans d’Andalousie. Créée en 1945, en peu de temps et très peu de moyens, l’opérette eut un tel succès qu’on en fit une superproduction au Théâtre de l’Empire. Un triomphe ! Sur la lancée, un film musical sera tourné sur cette histoire de film qui se tourne en Andalousie, avec la danseuse et chanteuse espagnole Carmen Sevilla. Un autre triomphe. Et les chansons, dont on s’arrache les disques, feront la fortune de Pathé Marconi. L’opérette reste des années à l’affiche. La Belle de Cadix, au sortir de la guerre, renouvelle le genre et c’est le début d’une collaboration réussie entre Lopez et Mariano, et succès qui ne se dément pas depuis. À quatre-vingts ans de sa création, La Belle de Cadix reste l’opérette la plus jouée en France et Belgique.

[16]

SUJET

Il est assez pauvre pour les riches péripéties portées par la musique et le talent des chanteurs acteurs. Coupé pour Luis Mariano, qui a la part belle en chant : le héros, Carlos Medina, chanteur et grande vedette de cinéma, qui exprime, en bellâtre béni des dames, sa vocation de chanteur de charme, quitte la Côte d’Azur pour aller tourner un film dans le Sud de l’Espagne au milieu des dernières tribus gitanes qui gardent encore leurs traditions, leurs chants et leurs danses.

Le fringant Carlos, qui pourrait être escort, était escorté à Cannes de sa fiancée Miss Hampton qui le rejoint à Cadix. Maria-Luisa la plus belle des gitanes, soupçonneuse, jalouse, acceptera de tenir le rôle de la Belle de Cadix dans le film en préparation mais surtout pour surveiller, tenir à l’œil son frétillant fiancé Ramirez, engagé comme guitariste dans la troupe.

On voit donc un quadrille amoureux classique de deux couples, Carlos et Miss Hampton, María Luisa et Ramírez, que le jeu du jeu filmique plus que du hasard va bousculer. Le livret original était Le Mariage à l’essai. Et c’est une valse pas très hispanique du mariage chantée par la fiancée, que seule la grâce piquante de Caroline Géa arrache à la banalité.

Premier accroc, premier accident de tournage de la scène de la cérémonie du mariage. Le figurant choisi comme officiant, est un véritable roi gitan, et, coutume faisant loi, même pour le film, Carlos et María Luisa se retrouvent réellement mariés. Imaginons l’émoi des fiancés officiels du couple de cinéma, Miss Hampton et Ramírez —qui se consoleront ensemble. Mais coup de théâtre au cinéma : le roi gitan n’était qu’un imposteur, le mariage est nul, non avenu. Mais amour survenu : le faux fait advenir le vrai. Et les deux héros, je t’aime, moi non plus, dépit amoureux, malentendus mais bien entendus et écoutés dans leurs duos, dont le joli fox-trot : « Mais qui êtes-vous ? Mais que voulez-vous ? Et d’où venez-vous ? »

[17]

On peut donc se livrer avec joie à cette fiesta bohémienne très œcuménique qui mêle gitans d’Espagne et Bohémiens de Vienne dans une musique syncrétique, hispano-tzigane.

On ne va pas invoquer, même en connaissance de cause, le vrai hispanisme musical à propos de la musique de Lopez (aux racines et inspiration tout de même espagnoles) et disserter sur Espagne et espagnolade : il suffit que cette musique jaillisse et emplisse joliment sa mission, même au-delà de l’impossible pour d’autres, de rester gravée, qu’on le veuille ou non, dans l’oreille, dans la mémoire collective. À preuve, la fameuse séguedille rythmée par les « Chica-chica-chic, ay-ay-ay » qui imitent plaisamment les castagnettes. Mais, sans couleur hispanique particulière, chantée par Luis Mariano, la valse « María Luisa, mon amour », qui fut un tube en son temps, faisant la fortune, dit-on de la maison de disques.

RÉALISATION, INTERPRÉTATION

Carton plein pour Carole Clin qui en signe, cette nouvelle production : encore une fois, elle coche toutes les cases de la réussite, avec cette œuvre qui, sans être majeure, n’est pas mineure pour autant : pleurez, vous me ferez pleurer, mais autre affaire que de faire rire ou simplement sourire, de divertir avec aisance et qualité, de faire jouer avec un enjouement naturel une opérette qui ne se la joue pas, mais joue le joli jeu traditionnel des toiles peintes comme toiles de fond, place, paysages, palais mauresque andalou, taverne, mais renouvelé par la belle idée de deux légers rideaux transparents, une immense guitare aux courbes féminines, comme déployée, déclinée en couleur, auréolée, d’éventails papillonnants, ou, de dos, une géante danseuse en robe blanche à volants et non attifée faussement d’un irréel hispanisme multicolore, outrancière colorisation de la couleur locale caricaturale d’une Andalousie pour touristes nordiques en manque de soleil. Ces touchantes toiles peintes, souvenir d’un théâtre populaire inexistant, qui reprennent ponctuellement vie à l’occasion de telles célébrations, mériteraient d’être classées, conservées comme trésor historique d’un art populaire naïf dans ce temple unique de l’opérette qu’est l’Odéon.

Venues de l’Opéra, on apprécie l’élégance des costumes, l’harmonie chromatique des robes à pois, à tonalité différente selon les scènes, les atours goyesques de María Luisa, noir transparent sur jupe rose, son juste ajustement andalou, chapeau cordouan et riche mantón, châle de Manille sur l’épaule que Caroline Egéa porte avec la fierté désinvolte d’une véritable Espagnole ou l’exacte tenue blanche des mariés.

[18]

Didier Benetti mène d’une baguette ferme mais charmeuse le luxe offert à l’Odéon, de l’Orchestre de l’Opéra de Marseille, qui a dû se réjouir des fastes légers de cette récréation joyeuse après les néfastes délices soyeuses pucciniennes d’un Pays du Soleil levant nocturne et sanglant.

Je ne peux que redire la maîtrise de Carole Clin de l’espace, du rythme, toujours accordé, même sans elle, avec la musique, son sens chorégraphique des groupes, des chœurs (Rémi Littolf) mêlés, intégrés sans hiatus aux nombreuses danses réglées avec l’élégance de son style par Felipe Calvarro, qui sait hispaniser, « flamenquiser » dignement n’importe quelle musique, servi par sa remarquable troupe.

Sans un temps mort ni un hiatus entre entrées et sorties, les quiproquos, les gaffes se succèdent et les gags, fluides sans lourdeur, comme les cartouches de cigarettes subtilisées par deux fois avec une prestesse de prestidigitateur par le décoiffant metteur en scène, tout en nerfs, Dany Clair, le defunesque et clownesque Dominique Desmons, «le chauve aux cheveux roux » comme le définit sa victime, le naïf Manillon de Gregory Juppin qui a le charme mélancolique d’un Pierrot lunaire (pas de Schönberg) avec la douceur de sa voix sur un corps d’athlète qui retrouve sa digne partenaire Julie Morgane, souple liane, dégaine de parigote dégingandée en Pepa, Pepita, Pepona poupée, naïve bécasse pas Bécassine de la tradition comique espagnole pour des duos et pas de deux pas dondon dondaine dont ce couple si assorti a l’acrobatique et angulaire secret dont on ne se lasse pas.

[19]

Dans le faux cinéma des années 50 ne pouvait manquer l’anticipation de la Marylin des années 60, disons plutôt la grande et richissime Américaine amoureusement moulée dans son tailleur noir en quête de Latin lover interchangeable d’une rive de la Méditerranée de Cannes à l’Atlantique de Cadix : c’est Laurence Janot, qui sait tout faire, accent amerloque à couper au couteau, qui nous offre en quittant sa première scène le luxueux clin d’œil chanté, le scat jazzy, « dili dili pou pou pidou », de I wanna be Loved by you, qui est comme l’affriolante friandise, signature sucrée et susurrée de la blonde star.

Ramírez, fiancé frivole puis amoureux dépité, guère servi par le texte et le jeu, a la magnifique revanche chantée d’un air d’amour blessé que, vrai Basque de cette pièce ourdie entre les deux Basques Mariano et López, Gilen Goicoechea offre d’une ardente voix pleine et riche de baryton, non sans émotion.

[20]

Juste une scène, une menaçante phrase et mimique et l’on retrouve, figure de l’Odéon, Antoine Bonelli, louche et farouche roi des gitans. Il y a le mari jaloux de Damien Rauch, non, Damien Rauch en mari jaloux de Manillon et ses manigances.

Bien planté, portant beau, en fringant bellâtre à moustache datée des années 50, je ne sais si à la Clark Gable ou en Jorge Negrete, fameux chanteur et acteur mexicain, à Jérémy Duffau, belle voix égale sur tour le registre, bien menée, timbre viril, je ne reprocherai que sa prononciation française « Maria Luiza » au lieu de Maria Luissa : on le félicite de ne pas coller à Mariano, sauf là, bien sûr. Il se tire au mieux de la fameuse séguedille la Belle de Cadix, ballade narrative, qu’il rythme discrètement sur les délicats « Chica-chica-chic, ay-ay-ay ! » qui peuvent humoristiquement déraper.

La Madrilène Caroline Géa, sourire mutin, regard malin ou coquin, timbre fruité, campe en allure et figure cette Belle de Cadix et en mouvement, rythmant, avec sa connaissance du flamenco, par un beau zapateado, les compliments débités par le bonimenteur charmeur.

[21]

Benito Pelegrín

La Belle de Cadix de Francis Lopez

Odéon

Mise en scène : Carole CLIN
Chorégraphie : Felipe CALVARRO

María Luisa : Caroline GÉA
Pepa : Julie MORGANE
Miss Hampton : Laurence JANOT

Carlos : Jérémy DUFFAU 
Manillon : Gregory JUPPIN
Dany Clair : Dominique DESMONS
Ramírez : Gilen GOICOECHEA 
Le Roi des gitans : Antoine BONELLI

Le Mari jaloux : Damien RAUCH

Chœur phocéen : Chef de Chœur Rémi LITOLFF

Fiorella ALESSANDRA, Nicole FRANCO RALÓN, Sabrina KILOULI, Esma MEHDAOUI, Manon PIZZICHEMI, Katherymne SERRANO, Damien BARRA, Laurent BŒUF, Corentin CUVELIER, Jacques FRESCHEL, Roman PANZER, Damien RAUCH

Orchestre de l’Opéra de Marseille

Pianiste répétitrice Caroline DAUZINCOURT

Ballet : Sophia ALILAT, Sabrina LLANOS, Valérie ORTIZ, Annabelle RICHEFEU 

Photos Christian Dresse 

  1. L’un des rideaux ; 
  2. L’acteur et ses groupies (Duffau) ;  
  3. Manillon et Clair (Juppin, Desmons) ;
  4. Pepa et Manillon (Morgane, Juppin) ;
  5. María Luisa (Géa);
  6. Le ballet Calvarro;
  7. Le couple renversant (Morganbe, Juppin) ;
  8. La renversante Marylin (Janot);
  9. Ramírez joli cœur (Goicoechea);
  10. Mariage gitan (Bonelli imposant célébrant).

« Variations Enigmatiques », pièce inspirée d’une œuvre musicale de Edward Elgar.

Publié Par Rmt News Int Sur Dans Article/Critique,Billet d'humeur,Flash Information(s),Gastronomie,Marseille,MP2013,News,Théâtre/Opéra | Commentaires désactivés
Share Button [1]

Une pièce riche en coups de théâtre et coups de feu.

Abel Znorko, aussi misanthrope soit-il, est un écrivain de génie, lauréat du prix Nobel de littérature, qui mène une vie d’ermite sur une île isolée au nord de la Norvège, entre cocaïne et alcool. Son unique lien avec le monde extérieur est la correspondance qu’il entretient depuis quinze ans avec une femme dont il est épris, mais que l’on ne verra jamais. À l’occasion de la sortie de son dernier livre, un jour, un journaliste, Erik Larsen, vient le voir sous le prétexte d’une interview. On apprendra plus tard que ce n’était qu’un stratagème pour l’approcher. Larsen est un personnage étrange, cachant bien des secrets. Il oriente rapidement la conversation sur Hélène Metternach, le personnage principal du roman. Mais quelles sont ses intentions ?

Znorko accueille le journaliste en lunettes noires, un casque sur la tête, écoutant “Eye of the Tiger”, une musique symbolique. Vêtu d’un peignoir rouge en soie, il tient un fusil qu’il n’hésite pas à brandir provoquant l’étonnement du journaliste. Son côté Rock star, presque décalé, contraste violemment avec son statut de prix Nobel de littérature, déstabilisant ainsi le journaliste venu pour l’interviewer. À plusieurs reprises, il interrompt l’entretien, mais Znorko le retient. On assiste à des va-et-vient sur fond de répliques comme “on rallume le sapin” ou “on boit un coup”.

L’entrevue se transforme rapidement en un jeu cruel et sinueux, où chaque mot devient une arme et chaque révélation une pièce du puzzle. Znorko, tourmenté par ses souvenirs et ses regrets, se voit confronté à des vérités qu’il n’avait pas anticipées. Larsen, dissimulé derrière son rôle de journaliste, manipule habilement les situations, cherchant à percer le mystère d’une femme qui semble avoir profondément marqué Znorko, mais aussi son propre passé. Au fur et à mesure que les secrets émergent, l’entretien devient une véritable confrontation émotionnelle. Chacun doit affronter ses illusions, ses désirs inavoués et ses vérités enfouies. Ce qui avait commencé comme une simple rencontre professionnelle se transformait en un bouleversement total, où l’amour, dans sa forme la plus complexe et ambiguë, se révèle être une quête sans fin, marquée par les incompréhensions et les fausses pistes.

Qu’est-ce qui les relie à cette femme ?

Dans un silence lourd, Larsen fixe Znorko avec une froide détermination avant de révéler un secret enfoui depuis des années : « Cette femme… c’était la mienne. Elle est morte il y a plusieurs années. » On s’interroge alors sur les dons conséquents faits par Znorko à la recherche médicale.

Qui aime t’on quand on aime ? 

Les mots frappent brutalement. Znorko, stupéfait, reste figé, incapable de comprendre l’ampleur de cette confession. Larsen, d’une voix plus brisée, poursuit : « C’est moi qui ait entretenu cette correspondance avec vous tout ce temps. C’était moi qui écrivais à sa place, jouant ce rôle qui vous obsédait, nourrissant cette illusion. Elle n’a jamais reçu vos lettres… ». Znorko, l’esprit tourbillonnant, peine à saisir la portée de cette révélation. Les mots lui échappent. L’incompréhension et la douleur se mêlent en lui, tandis qu’une étrange forme de tristesse s’installe.

Le désir de cette correspondance, ce lien qui persiste malgré la disparition, devient le seul fil qui les unit encore, au-delà du temps, des mensonges et des désillusions…

Ce thriller psychologique haletant, parsemé de variations énigmatiques, se transforme également en un duel philosophique captivant.  On doit ce texte aux rebondissements multiples à Eric-Emmanuel Schmitt. L’écriture est directe et fait mouche à chaque instant.

Hugo Becker et Pierre Rochefort incarnent avec brio ces deux personnages aux visions opposées. La pièce confronte deux conceptions de l’amour : celle de la passion, intense mais éphémère, et celle de l’amour fidèle et durable. J’ai particulièrement apprécié le moment où les acteurs ont quitté la scène pour se mêler au public, nous donnant ainsi l’impression de faire partie de l’histoire créant une tension palpable dans toute la salle. La mise en scène dynamique du directeur de l’opéra de Metz est d’une efficacité remarquable. Une véritable leçon de théâtre ! Paul- Émile Fourny est un des grands metteurs en scène de son temps.

Du début à la fin, les spectateurs ont été totalement captivés par l’intrigue pleine de suspense et l’excellence des comédiens.

 Leïla METINA-BOUCHOUR 

Teaser Variations énigmatiques : https://www.youtube.com/watch?v=TRpY_MFP9A0 [22]

Distribution 

Texte : d’Eric-Emmanuel Schmitt (publié aux éditions Albin Michel)

Mise en scène : Paul-émile Fourny

Scénographie et lumières : Patrick Méeüs

Costumes : Dominique Louis

Photos : Luc Bertau

Interprètes :

Hugo Becker : Abel Znorko (prix nobel de littérature)

Pierre Rochefort : Erik Larsen (journaliste)

Le 22/11/2024 au théâtre TOURSKY à Marseille

Prochains événements sur www.toursky.fr [23]

Teaser Variations énigmatiques : https://www.youtube.com/watch?v=TRpY_MFP9A0 [22]

Chronique de la renaissance attendue d’un Opéra après 22 ans d’absence

Publié Par Rmt News Int Sur Dans Article/Critique,Billet d'humeur,Coup de Coeur,Flash Information(s),News,Région PACA,Théâtre/Opéra | Commentaires désactivés
Share Button [1]

L’Opéra « La force du destin » de Giuseppe Verdi créé en 1862 a été présenté les 18 et 20 octobre derniers au Zénith de Toulon sous la direction musicale de Victorien Vanoosten. J’ai eu le grand plaisir d’assister à la représentation du 20/10. L’oeuvre m’a captivée ainsi que le public avec sa puissance émotionnelle et sa richesse musicale. Les chœurs puissants et majestueux de l’Opéra de Toulon et de l’Opéra de Montpellier ont renforcé l’intensité dramatique de l’œuvre. La dernière représentation à Toulon date du 28/04/2002.

Cet opéra en 4 actes d’une durée de 3h25 aborde des thèmes profonds tels que le destin, la vengeance et la rédemption. Les personnages sont entraînés dans un tourbillon de conflits et de malheurs illustrant comment le destin peut s’acharner sur les individus, malgré leurs intentions.

Une tragédie espagnole

L’intrigue se déroule en Espagne et suit les tragédies d’un jeune homme Don Alvaro un noble d’origine péruvienne dont l’amour pour Léonora fille d’un noble espagnol est contrarié par des circonstances tragiques et des conflits familiaux. Léonora désespérée, se retire dans un couvent, tandis que Don Alvaro est poursuivi par le frère, de Léonora, Don Carlo, qui cherche à venger la mort de leur père. Cinq ans plus tard Don Carlo retrouve Don Alvaro devenu prêtre. S’en suit un duel entre les deux hommes qui amène Alvaro à chercher de l’aide pour sauver Don Carlo, Il reconnait Léonora qui survient alertée par le bruit. Avançant vers l’homme gisant au sol, Léonora se retrouve face à son frère Don Carlo qui n’a pas oublié la trahison de sa sœur et qui la poignarde. Elle expire son dernier souffle dans les bras de son amoureux désespéré qui maudit le destin qui s’acharne contre eux devant le père Guardiano horrifié de ce blasphème…

La mise en scène signée Yannis Kokkos à la fois spectaculaire par les décors, les costumes, l’interprétation a magnifiquement servi l’intensité dramatique de l’œuvre. Dans le cadre de “La Force du destin », il a souvent été salué pour sa capacité à créer des ambiances visuelles puissantes qui renforcent les thèmes dramatiques de l’œuvre. Ses mises en scène se distinguent par leur profondeur psychologique et leur esthétique soignée.

Une distribution remarquable

Le marquis de Calatrava (Jacques-Greg Belobo) est central à l’intrigue. Il est le père de Léonora, qui est au cœur d’un triangle amoureux complexe impliquant Don Alvaro et Don Carlo. Le marquis représente l’autorité et les conventions sociales qui influencent le destin tragique des personnages. J’ai trouvé que cette figure de la noblesse représentait les valeurs et les préjugés de la société, exacerbant les conflits. Sa rigidité et son sens de l’honneur ajoutent à la tragédie des personnages principaux. J’ai grandi dans ces valeurs et ces préjugés qui ne sont pas forcément liés à la noblesse, ce qui m’a permis de mieux comprendre le personnage.

Leonora (Yunnet Laguna) est la protagoniste, amoureuse de Don Alvaro. Elle incarne l’amour et la passion, mais aussi la tragédie. Son déchirement entre l’amour pour Don Alvaro et son devoir familial la rend profondément émouvante. Son parcours a suscité chez moi la compassion et la tristesse.

Don Alvaro (Samuele Simoncini) est un noble d’origine péruvienne, amoureux de Leonora, dont l’engagement entraîne des tragédies. Héros tourmenté, il est pris dans un destin tragique. Sa quête d’amour et de rédemption est poignante, mais ses actions déclenchent une série de catastrophes. J’ai ressenti son désespoir et son sentiment d’impuissance.

Don Carlo (Stéphano Méo), frère de Leonora, cherche à venger l’honneur de sa famille. Il est à la fois jaloux et honoré. Sa lutte pour l’honneur et son ressentiment envers Alvaro le rendent complexe. J’ai pu percevoir sa colère, mais aussi sa vulnérabilité face à son destin.

[24]

Frère Melitone (Léon Kim), un moine, apporte une dimension comique et morale à l’histoire. Ce personnage apporte une touche de comédie, mais il est aussi un miroir des contradictions humaines. Mon sentiment est que ses réflexions sur la vie et la morale ajoutaient une profondeur à l’œuvre.

Père Guardiano (Vazgen Gazaryan) est le moine qui guide Leonora dans sa quête de rédemption. Le Père Guardiano incarne la sagesse spirituelle dans l’histoire. Vazgen Gazaryan apporte une profondeur émotionnelle au personnage, soulignant son rôle de mentor pour Leonora. Sa présence rassurante et son ton posé créent une atmosphère de rédemption, même au milieu du drame. J’ai trouvé son interprétation à la fois puissante et délicate, reflétant la lutte intérieure de Leonora.

Préziosilla (Eléonore Pancrazi) est une gitane et une figure de la fatalité, qui annonce le destin tragique des personnages. Préziosilla est fascinante en tant que figure de la fatalité. Eléonore Pancrazi réussit à transmettre une dualité complexe : sa légèreté et sa vivacité contrastent avec la gravité de son message. Elle joue un rôle essentiel dans l’anticipation du destin tragique des personnages, ajoutant une tension dramatique. Son charisme et son interprétation vibrante ont captivé la salle.

Maitre Trabuco (Yoann Le Lan), paysan, incarne la voix du peuple et aide à mettre en avant les conflits sociaux. Maître Trabuco incarne les luttes sociales qui traversent l’œuvre. Yoann Le Lan réussit à donner vie à ce personnage avec une intensité et une authenticité qui résonnent avec le public. Son interprétation met en lumière les injustices et les conflits de classe, renforçant la dimension sociale de l’histoire. Il apporte une voix puissante qui contraste avec les enjeux personnels des autres personnages.

Curra (Séraphine Cotrez) est la servante de Don Alvaro, apportant un élément de soutien et de compassion dans l’histoire. Séraphine Cotrez dépeint ce personnage avec une douceur et une compassion palpables, offrant un contrepoint aux tourments des protagonistes. Son engagement et son empathie créent une dynamique chaleureuse, soulignant l’importance des relations humaines dans un contexte de souffrance.

La mère de Leonora symbolise les conflits familiaux et l’honneur. Bien que son rôle soit moins central, elle est essentielle pour établir le poids des traditions et des attentes familiales. Sa présence dans l’histoire rappelle les sacrifices et les luttes des générations précédentes. Son interprétation ajoute une couche de complexité aux motivations de Leonora. Ce poids des traditions m’a permis de faire le lien avec ma propre éducation.

Un chœur de paysans représentant le peuple ajoute une dimension collective à l’intrigue. Il enrichit la narration en représentant le collectif. Leur chant et leur présence scénique soulignent les luttes sociales et les émotions partagées par le peuple. Ils ajoutent une dimension de solidarité et de résonance à l’intrigue, créant un contraste avec les histoires individuelles des personnages principaux. Leur rôle a été crucial pour ancrer l’histoire dans une réalité sociale plus large.

Une prouesse vocale et musicale

[25]

Dans l’ensemble, chaque personnage contribue de manière unique à la richesse de l’intrigue et à l’exploration des thèmes universels de la rédemption, du destin et des luttes sociales. Les performances sont variées, mais toutes s’entrelacent pour créer une expérience théâtrale poignante et mémorable.

Les voix des artistes, tant solistes que choristes, ont résonné avec une force impressionnante, transportant l’audience à travers les déchirements et la fatalité des personnages. Les performances vocales, avec leur expressivité et leur technique, ont permis aux chanteurs de transmettre des émotions de manière directe et poignante. Ainsi, l’opéra devient une expérience immersive où la musique et le drame se rejoignent pour toucher l’âme du public. Ces personnages interagissent dans un cadre dramatique et tragique, reflétant les thèmes du destin, de l’honneur et de la vengeance.

Pour cette représentation, le ténor Samuele SIMONCINI a accepté de remplacer à la dernière minute, Konstantine KIPIANI dans le rôle de Don Alvaro, nous l’en remercions. Il nous a offert un aspect particulièrement remarquable de son interprétation et de sa capacité à transmettre l’intensité émotionnelle des personnages. Par exemple, dans le rôle d’Alvaro, il réussit à exprimer le conflit intérieur et le désespoir qui jalonnent l’histoire. Son interprétation vocale, mêlant puissance et nuance, permet de rendre compte des luttes internes des personnages, notamment lors des moments de tension dramatique. De plus, sa présence scénique et sa capacité à interagir avec les autres chanteurs enrichissent l’expérience globale, rendant les duos et les ensembles encore plus captivants. Ces éléments font de son interprétation un moment mémorable de la production.

Une direction musicale inspirée et un triomphe lyrique

Les choix orchestraux de la direction musicale assurée par Victorien Vanoosten ont également mis en lumière la profondeur des thèmes abordés. Sa direction a permis de mettre en valeur la richesse orchestrale de l’œuvre de Verdi, tout en assurant une excellente coordination avec les chanteurs. Son approche dynamique a sans doute contribué à créer une atmosphère puissante et émotive, rendant le moment encore plus captivant.

La fin de l’opéra, avec la mort d’Éléonora, est effectivement un moment très poignant. On peut dire que la direction de Victorien Vanoosten a intensifié l’émotion de cette scène. Son interprétation a permis de souligner la tragédie de ce moment, amplifiant les tensions dramatiques tout en mettant en avant la beauté mélodique de la musique.

L’orchestration a contribué à créer une atmosphère lourde et chargée d’émotion, renforçant la douleur et la désespérance des personnages. La manière dont il a conduit les musiciens a pu ajouter une profondeur saisissante à l’expression des sentiments d’Éléonora.

En somme, cette représentation de « La force du destin » a été un véritable moment de magie et d’émotion, témoignant une fois de plus du génie de Verdi. La lutte entre libre arbitre et le destin est au cœur de cette œuvre, faisant de « La force du destin » un chef-d’œuvre du répertoire lyrique.

Bravo à toute l’équipe pour cette performance mémorable. Leïla Metina-Bouchour

La Forza del Destino ©Fred Stéphan

La Force du Destin de Giuseppe Verdi (chanté en italien et surtitré en français).

Direction Musicale : Victorien Vanoosten

Mise en scène, décors, costumes : Yannis Kokkos

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Toulon

Chœur de l’Opéra national de Montpellier Occitanie

Ténor : Samuele SIMONCINI dans le rôle de Don Alvaro (en lieu et place de Konstantine KIPIANI).

Ténor : Yonna Le Lan dans le rôle de Maître Trabuco

Soprano : Yunnet Laguna dans le rôle de Léonora

Baryton : Stéphano Méo dans le rôle de Don Carlo

Baryton : Léon Kim dans le rôle de frère Melitone

Basse : Vazgen Gazaryan dans le rôle du père Guardiano

Basse : Jacques-Greg Belobo dans le rôle du marquis de calatrava

Mezzo-soprano : Eléonore Pancrazi dans le rôle de Préziosilla

Mezzo-soprano : Séraphine Cotrez dans le rôle de Curra.

Redécouvrir AMY BEACH (1867-1944)

Publié Par Rmt News Int Sur Dans Article/Critique,Billet d'humeur,CD/DVD,Coup de Coeur,Flash Information(s),France,Musique,News | Commentaires désactivés
Share Button [1]

Une prodige empêchée avec Jennifer Fichet au piano (un CD label Hortus)

Nous ne comptons plus le nombre de Dames compositrices, mal servies, ou desservies par l’histoire de la musique, dont nous voudrions nous faire chevaleresquement le chevalier-servant redresseur de torts. On ne nous accusera donc pas de caresser, je ne dis pas dans le sens du poil, mais de la belle chevelure, la mode féministe, ou plutôt la juste révolte des femmes contre le patriarcat, dont nous ne cessons de rougir à la découverte que nous faisons des dégâts qu’il a pu causer ancestralement, sans états d’âme, sur la moitié ou plus de l’humanité, la part féminine du monde —la plus belle pour nous osons-nous à peine avouer, tant on a voulu sa beauté muette et bête.

Encore un CD dira-t-on qui met en lumière une femme ensevelie dans l’ombre de l’oubli, ou laissée dans la pénombre de la mémoire, comme celles peine éclairées par de brillants compagnonnages masculins, maris, amants, mécènes, des vocations et des talents féminins qu’on découvre ou redécouvre à peine aujourd’hui : ne revenons pas sur les Fanny Mendelssohn, brutalement contrariée par père, et même frère, le grand Félix qui l’utilise froidement dans son œuvre, en riant de sa vocation, confinée au rôle germanique  des traditionnels KKK (Küchen, Kirchen, Kinder, ‘Cuisine, Église, Enfants’), Clara Schumann, subordonnée servante de l’œuvre de son époux, Alma Mahler, peintre, compositrice, poétesse, sacrifiée au sien par lettre qu’on dirait patente, patente de son égoïste misogynie qu’il fait signer abusivement à sa jeune fiancée comme condition expresse du mariage. Objet décoratif, la femme à vocation artistique, était cantonnée, au mieux, dans les Arts décoratifs.

Voici aujourd’hui une enfant, une jeune fille, une femme, l’Américaine Amy Beach, qu’on redécouvre, première compositrice reconnue aux États-Unis, la première à y être jouée par un orchestre symphonique, à la brillante carrière, y fondant des écoles de musique comme une généreuse compensation à tous les empêchements personnels subis dans sa proche famille, pourtant cultivée, qui ne parvint pourtant pas à étouffer sa vocation, trop manifeste pour n’être pas suspecte, d’abord, paradoxalement, cruellement, aux yeux ou oreilles, peut-être jalouses, de sa propre mère, pourtant musicienne et chanteuse.

Son talent musical est manifeste dès sa première enfance, attesté par des témoignages admiratifs. En effet, à deux ans, la petite fille improvise des contrechants pour accompagner sa mère, chanteuse ; à quatre ans, pendant les vacances, elle compose de tête des valses, qu’elle joue ensuite sur le piano familial retrouvé et, à six, elle donne son premier récital. Et pourtant, au lieu d’en être émerveillée, sa mère, lui refuse tout enseignement musical, par peur de perdre son autorité avance Jennifer Fichet qui signe aussi le riche livret qui accompagne le disque. Malgré l’envol d’un récital à succès donné en 1881, à quatorze ans, son impitoyable famille lui coupe les ailes, refusant les propositions qu’on lui fait. 

Le mariage est parfois une libération pour les jeunes filles brimées, corsetées par le carcan familial. Hélas, si Fanny Mendelssohn, confinée à son rôle décoratif de jeune fille de salon par ses injustes père et frère, eut la chance d’un époux éclairé qui comprit la vocation et le talent de sa femme qu’il aida à s’épanouir, Amy n’a pas cette chance : l’année même où sa première composition est éditée, l’homme qu’elle épouse en 1885, à dix-huit ans, de plus du double de son âge, tolère qu’elle compose, mais ne lui concède que deux concerts caritatifs par an, excluant tout contact artistique extérieur, et encore moins voyages et apprentissage, avec des pianistes reconnus. Autodidacte par la force des choses, et la surdité forcenée des siens, finalement, Amy se formant toute seule ne devra ses réussites qu’à elle-même.

En 1904, elle compose Variations sur des thèmes des Balkans op. 60, qu’elle révisera en 1936. Le motif principal est une mélodie folklorique bulgare assez mélancolique, qu’Amy Beach fait suivre d’onze variations. Écoutons le thème :

1) PLAGE 5 

Avant que nous n’en perdions la perception, voici ce qu’il devient à la 2e variation :

2) PLAGE 7 : 

Puis à la 3e :

3) PLAGE 8 

Composées en une semaine, elle écrira une version orchestrale de ces variations en 1906, une édition piano révisée en 1936, puis une autre pour deux pianos en 1937, bref l’art de varier les variations !

Malgré ces traverses, ces entraves familiales, Amy arrive à composer et faire jouer un concerto et nombre de pièces pour piano. La réussite de la création de sa symphonie à Boston en 1896, ne change rien pour elle dans son inflexible famille maritale.

La libération pour les femmes, du moins dans les classes aisées, était le veuvage. Amy, sacrifiée par mère et mari doit attendre le décès de son mari en 1910 et de sa mère en 1911, pour pouvoir enfin se mouvoir librement. Elle peut alors se déplacer aux Etats-Unis, parcourir l’Europe et rencontrer les milieux musicaux. Malgré son éloignement jusque-là des grands centres musicaux, sa musique, sans connaître les avant-gardes de la musique européenne de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, forcée à la singularité de sa solitude séduisit de grands interprètes européens de son temps tels Josef Hofmann, le plus novateur Ferruccio Busoni ou Rosenthal, qui mirent des pages d’Amy Beach au programme de leurs concerts. 

La pianiste française Jennifer Fichet, formée à Lille et à Paris, lauréate de plusieurs concours, a fait une carrière d’accompagnatrice avant d’enseigner la pratique au CNSMD de Paris. Elle est titulaire d’une classe de piano au CRD d’Issy-les-Moulineaux. L’anthologie qu’elle propose court sur quarante-cinq ans de la vie d’Amy Beach qui décédera à New-York en 1944, laissant un catalogue varié, dont, évidemment, un grand nombre de pièces pour le piano. Sauf les Variations balkaniques, d’une vingtaine de minutes, le programme du CD offre des pièces de durée moyenne : une joyeuse Valse-Caprice (1889), une Ballade (1894), qui n’a pas oublié Chopin et Liszt, deux Sketches (1892) plutôt schubertiens.  Une jolie vignette, The Old Chapel by Moonlight, et une la mélancolique berceuse de la mère solitaire Cradle Song of the Lonely Mother, sur laquelle nous nous quittons :

4) PLAGE 21

Benito Pellegrin

https://open.spotify.com/intl-fr/album/4o9qVjtEHSpfEyLVFji7nb [26]

L’AMOUR OUF de Gilles Lellouche

Publié Par Rmt News Int Sur Dans Billet d'humeur,Cinéma,Flash Information(s),France,News | Commentaires désactivés
Share Button [1]

L’AMOUR OUF est un pur objet de cinéma.

Il est dévoré par les références 80’s et 90’s, les hommages au cinéma, américain principalement, avec tout ce que ça veut dire d’effets parfois démodés, mais… Non! Le film n’est pas raté parce qu’il est pleinement assumé. C’est une déclaration d’amour au cinéma, par un enfant des années 80 et 90 à qui on a donné les moyens de s’exploser sur grand écran et en son Dolby.

Le film auquel L’AMOUR OUF, qui m’a scotché en salle, m’a fait le plus penser, est TRUE ROMANCE de Tony Scott en 93. Même sentiment de claque lorsque je l’ai vu, à l’époque.

Pour revenir au film, j’entends les gardiens du temple bloquer sur le récit noyé etc… Mais ne peut-on pas juste reconnaître que c’est une belle histoire d’amour passionnément mise en image et en musique ?

Copyright Trésor Films - Chi-Fou-Mi Productions - Studiocanal / Cédric Bertrand avec François Civil, Adèle Exarchopoulos

Quelques moments de grâce du film :
La très belle séquence de comédie musicale; la relation entre papa Alain Chabat et sa fille Adèle Exarchopoulos ; le début de l’histoire d’amour entre Malik Frikah et Malory Wanecque ; les éclipses ; la chanson de Benoît Poelvoorde ; la vengeance de Francois Civil.

Pour les moments de confusion on repassera, ils sont trop peu nombreux et je les ai oubliés. Pendant 2h40, j’ai battu du pied le rythme du film et de ses musiques, j’ai admiré la lumière, le découpage, j’ai pris l’énergie, et je n’ai pas regretté un centime de ma place de cinéma trop chère.
Pour tout ça, merci!

Pour le reste, je n’en voudrais jamais à un créateur d’être parfois emporté par son enthousiasme jusqu’à la maladresse ou au too much. Au contraire, c’est l’enfance, la sève de l’adolescence qui parle, c’est beau et c’est un tel bonheur de pardonner à un cinéaste aussi jeune.

Olivier Montels (avec son aimable autorisation)

Sorti le 16 octobre 2024 en salle | 2h 40min | Comédie, Romance, Thriller
De Gilles Lellouche | Par Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi
Avec Adèle Exarchopoulos, François Civil, Mallory Wanecque

Ce n’est qu’un au revoir

Publié Par Rmt News Int Sur Dans Billet d'humeur,Edito,Flash Information(s),Marseille,News,Théâtre/Opéra | Commentaires désactivés
Share Button [1]

Sur Richard, tout a déjà été dit en l’espace de quelques heures : sa générosité, sa gentillesse, sa bienveillance, sa disponibilité, sa sincérité et son amour de l’autre ont été à juste titre soulignés. Son engagement, sa passion, sa fougue de saltimbanque ont été largement égrénées au fil des publications sur les réseaux sociaux. Alors que dire de plus sur l’Homme qui a eu un courage et une audace folle de créer un théâtre digne de ce nom, un Grand théâtre, en plein coeur du quartier le plus déshérité d’Europe? Peu de choses ou plutôt si, une chose qui me tient à coeur de relater.

Richard dans ses jeunes années ©DR

Il y a un peu plus de 20 ans, j’avais à peine plus de 25 ans, voire 26 ans. Je débutais en tant que critique culturelle dans un osbcur petit média, j’étais la plus jeune de tous et toutes, un bébé quoi !, mais Richard et Sergio m’ont toujours accueillie avec enthousiasme et bienveillance. Un beau jour, alors que l’idée de créer une Revue de Théâtre où la critique – la Vraie, pas le j’aime, j’aime pas qu’on lit partout – tiendrait la place principale – avec des papiers excédant de loin en nombre de caractères le feuillet traditionnel ou l’entrefilet – commençait à émerger dans ma tête, Sergio à qui j’en avais parlé, m’a dit “Va voir Richard et parle-lui de ton projet. Je suis sûr qu’il sera intéressé.” 

Me voilà donc, avec ma gueule enfarinée de Bébé, face à Richard. Il aurait pu être mon grand-père et insitait pour que je le tutoie. Je lui présente mon projet et la maquette que j’avais créée de mes petites mains. Il m’a écoutée avec attention avant de me féliciter de cette initiative, folle mais enthousiasmante. A cette époque, il n’existait pas de revue de critique de théâtre à proprement parler. Puis, lui, de me dire : “si tu as besoin d’un bureau pour ta revue, tu es ici chez toi.” Cette petite phrase est depuis restée gravée dans ma mémoire. Et même s’il m’arrivait d’égratigner toujours avec bienveillance un spectacle dont la mise en scène et la direction d’acteur n’étaient pas abouties, il respectait mes arguments, me disant “ce que tu écris, ça, c’est de la critique” au sens noble du terme. Récemment, il m’a dit que je devais me mettre à la mise en scène, un jour peut-être !

[27]

Richard et Martinette ©DVDM

Ce souvenir d’un Richard humain et humaniste, fraternel et simple, amoureux des animaux, restera à jamais dans mon coeur. J’ai vu naître sa chatte, Martinette, dans le petite cour jouxtant le tout petit théâtre en bas des escaliers menant aux bureaux. J’ai connu Liberté quand il l’a reccueillie, toute maigre mais si douce. Je l’ai vu nourrir les oiseaux tous les jours à 15h. Et je ne parle pas de l’homme de théâtre dont la voix hypnotique clamait avec une verve sans pareille les poèmes et textes de son ami Léo. Ni de son jeu théâtral tant sa présence suffisait pour qu’il devienne personnage, ou clown.

Sa disparition est un double choc. Elle intervient 14 ans après le décès d’une autre figure du théâtre que j’aimais tant, Edmée Santy. Oui, Edmée qui avait inauguré en grande pompe le Toursky à sa création. Edmée qui fut la marraine de ma Revue jusqu’à la fin. Edmée et ses coups de coeurs, ses coups de griffe. Edmée, qui m’a tout appris du métier. Et aujourd’hui, Richard qui fut le premier soutien de ma Revue. Richard qui va rejoindre Léo, Michael, Tania, Fifi, Vlad et tous les autres. N’oublie pas de saluer Edmée pour moi. Bon voyage à toi, ami ! Tu nous laisses orphelins. Je pense fort à ta famille, de sang et de coeur. Adieu. DVDM

En une, Richard déclammant Léo ©Jean Barak