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Adina Aaron, une artiste lyrique généreuse et humble, passionnée et engagée

Adina est une jeune soprano afro-américaine : reconnue comme la plus talentueuse de sa génération, à la voix puissante et sombre, dotée d’un souffle extraordinaire, faisant preuve d’une interprétation vibrante et saisissante, bouleversante de vérité, tant vocalement que théâtralement, elle est souvent comparée à Léontyne Price, une autre soprano américaine lyrico-spinto connue pour ses interprétations d’Aïda dans les années 60.

Originaire de Floride, Adina a fait ses débuts en 2004 au Carnegie Hall de New York, défendant des compositeurs américains contemporains à l’image de Ricky Ian Gordon, Stefania de Kenessey et Valerie Coleman ; concertiste, elle a également été invitée sur les plus belles scènes pour interpréter des ouvrages de Strauss, Beethoven, Berlioz et Barber. Rappelons-nous sa magnifique prestation dans le Requiem de Verdi à Marseille en 2009 !

Pour la petite histoire, sa carrière a été lancée en 2002, après des études au conservatoire de Boston puis au Seattle Opera, par le metteur en scène Franco Zeffirelli dans sa production d’Aïda qui donna lieu à un DVD filmé, à Busetto, en Italie. Pourtant, elle ne fut découverte par le monde lyrique qu’en 2010, avec le succès critique et public, unanime, pour sa prestation au Théâtre du Châtelet dans le rôle-titre de Treemonisha de Scott Joplin.

Brillante interprète d’Aïda qu’elle a incarnée à l’Opéra de Marseille en 2008 sous la direction de Nader Abbassi, triomphante dans le rôle de Léonora dans Il trovatore mis en scène par Charles Roubaud en 2012, toujours à Marseille, elle n’a cessé de parcourir les scènes européennes et mondiales, alternant des héroïnes verdiennes et pucciniennes.

Le public marseillais a pu la retrouver dans Tosca, en 2015, et plus récemment dans le Dernier Jour d’un Condamné cet automne, un rôle qui lui tenait à cœur tant du fait de ses origines que des convictions qu’elle défend dans cette Amérique régressive et réactionnaire de Trump où la peine de mort existe encore dans des Etats comme la Floride, en dépit du coût financier de son maintien.  Elle nous livre sa vision du personnage qu’elle incarne : une féministe, certes meurtrière de son époux –mais que pouvait-elle faire d’autre ?-, qui se bat pour sa survie dans un monde masculin où les hommes peuvent abuser sans en être inquiétés des êtres plus fragiles qu’eux.  Ce qui n’est pas sans rappeler une affaire récente ayant défrayé la chronique.

A l’occasion de la reprise de cet opéra signé David Alagna dont nous avons beaucoup apprécié le prologue (très belle lecture théâtralisée de texte, excellement accompagnée au violon) et la prestation de Cyril Rovery (magnifique en Friauche), nous avons rencontré la gracieuse et souriante Adina dans ses loges où elle répétait entre deux représentations, son prochain rôle : Norma qu’elle jouera pour la première fois sur scène du 12 janvier au 9 février 2018 au Hessisches Staatstheater de Wiesbaden en Allemagne.

Sans revenir sur la polémique née de sa défense d’un mode de vie « healthy » à l’occasion d’une interview donnée au Chicago Sun Times dans laquelle elle explique qu’ elle avait entamé un régime afin de pouvoir mieux incarner ses personnages sur la scène, la tigresse se dévoile, sans fards, avec une grande humilité, devant notre caméra, revenant sur son « erreur » dans le choix d’interpréter Tosca, sa tessiture n’étant pas adaptée au rôle, et sa joie de sa prise de rôle dans Norma, un des plus difficiles du répertoire mais si sublime. Un défi qu’elle se sent enfin prête à relever, maturité oblige!

Diane Vandermolina

Retrouvez l’interview intégrale d’Adina Aaron en version originale.

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