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A la recherche du grand régénérateur ! Cie en Avant-Scène

Spectacle jeune public inspiré de l’œuvre de Philip K. Dick. Avec Géraldine Baldini et en alternance Magali Lindemann et  Jannick Bouchoucha.

Marionnettes, théâtre d’objets et Jeu/Tout public à partir de 6 ans/Durée 50min

Présenté à l’Archange (Marseille) le 24 octobre.

Une adaptation réussie d’un texte de science-fiction futuriste

Inspiré d’un auteur américain connu pour les adaptations cinématographiques de ses œuvres (Total Recall, Minority Report, Blade Runner, Planète Hurlante), qui interroge sombrement notre humanité et le réel et dont la vision pessimiste du futur nous rappelle les univers d’Aldous Huxley ou Georges Orwell, ce spectacle s’en détache néanmoins par la lueur d’espoir transmise.

Une conférencière endormie est réveillée par sa consœur affolée : toutes deux, sobrement vêtues de noirs, doivent donner une conférence publique mais voilà que la conférencière n’a pas préparé son discours… Elle propose à sa comparse de raconter son rêve. Et c’est un bien étrange rêve qui nous est conté. Revêtant leurs gants et bonnets noirs, elles entament leur récit.

La planète Terre, en 2199, est devenue grise, avec ses immeubles géants aux façades grisâtres, sa verdure inexistante, son soleil et son ciel ternis par la pollution et le tout-informatique (les cours se font via une console télévisuelle à domicile). Elle est victime de surpopulation et ses habitants sont surveillés, rationnés, contrôlés, arraisonnés par les vérificateurs. Car Big Brother veille au grain. Aucun droit de détenir un animal domestique, alors un chat, que nenni ! C’est la loi et pour le plus grand malheur de Luc, son petit chat noir, Réglisse, a été, lors d’une de ses escapades matinales, repéré par les sinistres agents anti-animaux qui demandent à la famille de leur livrer le chat.

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Refusant catégoriquement, Luc et ses parents choisissent de quitter la Terre pour la planète Amabilis, une planète encore sauvage, aux rivières d’un bleu magnifique et à la végétation dense et lumineuse où poussent radis serpent et tomates roses du Liban : Amabilis est peuplée de créatures vertes étranges mais sympathiques qu’une guerre séculaire oppose, divisés par l’abominable Diabolis…  Ce dernier sème la terreur avec ses oiseaux de fer au bec crochu, grands pollueurs aux détritus destructeurs. Ils enlèveront Réglisse pour obliger Luc à leur donner le livre magique qu’ils avaient volé au Grand Regénérateur, une journée d’Eté, sans lequel aucune réconciliation entre les peuples de la planète n’est possible.

Au fil du spectacle, se dévoile un décor fort judicieusement imaginé et joliment réalisé par Lola Rozé qui donne corps au récit avec ses deux grandes boites colorées posées sur la table : selon leur positionnement et ouverture, elles laissent découvrir en son creux plusieurs petits mondes (la Terre, la galaxie ou Amabilis). Les marionnettes tantôt en papier mâché, tantôt en tissus ou autres matériaux recyclés, de belle facture, et une pléiade de petits objets sont manipulés avec aisance par les deux comédiennes-narratrices. Toutes deux utilisent par ailleurs tous les recoins du « castelet » jusqu’au grand rideau en fond de scène.

Elles incarnent avec allégresse et entrain, crédibilité, les deux personnages complètement loufoques et déjantés, au discours improbable, du début. Afin de maintenir un rythme enlevé et une dynamique au récit, elles jouent sur la sonorité des vocables ou onomatopées utilisés et la musicalité des mots, à grands renforts de bruitages exécutés en live (notamment quand la famille prend la navette pour quitter la terre et traverse la galaxie) et de chansons ludiques.

Les codes couleurs (gris foncé pour les méchants, couleurs éclatantes et vives pour les gentils) définissent judicieusement les personnages et permettent aux petits de ne pas se perdre dans le récit fantasque d’une aventure aux rebondissements rocambolesques (les parents disparaissent un temps mystérieusement). Notons une simplification salutaire de certains passages du récit qui ne nuit nullement à sa compréhension, permettant de le resserrer sur sa thématique centrale.

In fine, les enfants et les parents ne s’ennuient pas une seconde, émerveillés par l’aspect très visuel du spectacle, ici mené tambour battant par les comédiennes. Les thèmes abordés tels que la pollution, l’oppression, la guerre, à contrario ceux du respect de l‘environnement, de l’autre, et de la fraternité, sont bien amenés et malgré la noirceur du monde tel qu’il nous est présenté en début de spectacle, on rit beaucoup, et on s’émeut des aventures de Luc et son chat. A découvrir ! DVDM

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