(photo by Pascal Victor/ArtComPress)

Avec La Fuite de Boulgakov, l’âme russe au cœur de La Criée

Les télés, les radios et les médias ont marqué sous toutes les coutures le centenaire de la Révolution d’octobre en Russie. Belle occasion pour Macha Makeïeff de monter dans sa Criée La Fuite de Mikhaïl Boulgakov qui a souffert tout au long de sa courte vie de la censure soviétique malgré ses suppliques et celles de Gorki à Staline. Les grands ciseaux ont émaillé la vie de celui universellement connu pour son roman Maître et Marguerite. Avant Gorbatchev n’importe quel Soviétique surpris par le KGB en possession du livre édité aux Etats-Unis se retrouvait en prison !

Aussi rendre hommage à cette grande plume de poète, d’écrivain et de dramaturge qui aurait mérité un prix Nobel devient une évidence au sortir de trois heures de spectacle que l’on ne voit pas passer. Dix tableaux, dix songes, une mise en scène pleine d’inventivité font passer dans le public cette fameuse âme russe que tout le monde évoque sans trop savoir ce qu’elle signifie vraiment. Avec en paroxysme la course des cafards, cette bestiole qui, avec le « kauchmar » hante aujourd’hui encore le quotidien des Russes.

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Comme son nom l’indique, Macha, la metteuse en scène n’était pas neutre face à cet univers qui est aussi le sien, puisque descendante de Russes blancs, ayant fui les bolchéviks pour se réfugier à Paris : l’exil, l’amour de la terre abandonnée, les innombrables nostalgies peignent un tableau tout à fait sensible de la russitude telle qu’imaginée par Boulgakov. Ce n’est pas Tchékov, mais cerise sur le festin théâtral, Macha a introduit, telle la petite souris jubilatoire des caricatures de Plantu, une gamine diaphane qui chemine de songe en songe et se mêle aux gardes rouges, aux traîtres blancs, aux putes, aux guébistes, à la course effrénée derrière l’argent, la pitance quotidienne et à tout ce qui fait la substantifique moelle de la société russe. On l’aura deviné, cette petite souris c’est Macha elle-même, qui retrouve ses lointaines racines auxquelles elle rend un très émouvant hommage.

Que La Criée ait ressuscité Boulgakov en ces temps où la Russie poutienne se trouve à nouveau cul par dessus tête n’est pas le moindre de ses mérites. Et comme tout doit finir dans des larmes de joie après une beuverie, l’accordéon accompagne les chœurs des comédiens dans son katitsa, katitsa galouboï wagon. (Roule, roule le wagon bleu). Qui a emporté avec lui le cœur des spectateurs.

Jean KEHAYAN

 

Crédit photos LAFUITE @ Pascal Victor

 

Informations pratiques

 

La Fuite ! Comédie fantastique en huit songes

Pièce en quatre actes de Mikhaïl Boulgakov  (1891 – 1940)

Adaptation, mise en scène, décor et costumes : Macha Makeïeff

Lumières : Jean Bellorini.

Avec la complicité d’Angelin Preljocaj

Durée estimée 3h entracte compris– à partir de 13 ans

Avec

Pascal Rénéric, Vanessa Fonte, Vincent Winterhalter, Thomas

Morris, Geoffroy Rondeau, Alain Fromager, Pierre Hancisse, Sylvain

Levitte, Samuel Glaumé, Karyll Elgrichi, Emilie Pictet…

et une petite fille

Production

La Criée – Théâtre national de Marseille

Coproductions

Théâtre Gérard Philipe – Centre dramatique national de Saint-Denis ; Le Printemps des Comédiens.

TOURNÉE 2017 – 2018

7 > 9 novembre : Théâtre National de Nice

14 > 15 novembre : Parvis Scène Nationale à Tarbes

21 novembre : Théâtre de Corbeil-Essonnes

29 novembre > 16 décembre : Théâtre Gérard Philipe  – Centre Dramatique national de Saint-Denis

21 > 22 décembre : Théâtre Liberté à Toulon

9 > 13 janvier : Les Célestins à Lyon

19 > 20 janvier : Le Quai à Angers

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