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Une ballade sans chaussettes par la compagnie Elefanto

Une ballade sans chaussettes par la compagnie Elefanto (collège de la salle, Avignon off 2017)

Voilà un spectacle de cirque d’une trentaine de minutes ravissant en tous points de vue, poétique et ludique, amusant et touchant, sensible et beau !

Imaginée par une jeune compagnie installée du côté de Toulouse, en Occitanie, cette création jeune public (dès 4 ans) mêle cirque et manipulation d’objets, théâtre et danse. La question du genre sous-tend ce travail délicat et fantaisiste qui réussit le tour de force de sortir des sentiers battus, nous questionnant sur nos aspirations enfantines contrariées par une société normée, avec légèreté, subtilité et finesse. Chacun de nous peut se retrouver dans les enfants incarnés par les deux artistes circassiens, Viola et Cristobal, tant leur jeu est d’une véracité incroyable.

Une chambre d’enfants, avec ses jouets : avion, poupées, super héros, lego géants… Les deux compères incarnent les enfants avec grande justesse. La jeune femme est cette fillette moqueuse qui préfère jouer au pirate avec son épée de bois plutôt qu’à la poupée. Cette dernière intrigue le petit garçon rieur et timide, qui n’a cure des jeux dits de garçons et préfère les balles et lego de bois roses aux balles et lego de bois bleus, incarné avec brio par le jeune homme. Une spontanéité dans ces choix enfantins éloignés des stéréotypes que la société continuer à colporter puisqu’encore de nos jours, le bleu est toujours associé au masculin, le rose au féminin.

Le spectacle pose ici la question de ce qui définit le genre masculin et féminin c’est-à-dire les comportements, les choix de jeux, les préférences de couleurs, édictés par la société, allant à l’encontre de nos penchants innés et gouts naturels, innocents. Ce qui pose la question de la normalité imposée par la société à laquelle même les enfants dès leur plus jeune âge n’échappent pas tant elle est omniprésente.

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Un dispositif de lumières autonome avec ses nombreux spots accrochés sur des tiges en métal noir alignées côté cours et jardin borde la scène, l’éclairant avec douceur et délicatesse : le travail des lumières sobre permet de jouer sur les ombres projetées par les personnages, créant un effet de mise en abîme judicieux. Nos choix enfantins entrent dans la construction de notre être adulte et risquent, s’ils sont malmenés ou contrariés, d’accroître nos potentielles névroses.

La musique douce et subtile, magnifique avec ses notes cristallines, accompagne les moments de jeux et d’apprentissage des deux personnages : de leur apparition sur le plateau, pieds nus, à la découverte des jeux mis à leur disposition (jeux de construction, voiture, balles, poupées pour fille et pour garçon…) avec le fameux code couleur. Se joue ici la question de la différence et de la tolérance, au travers de l’évolution du rapport entre les deux enfants (qui jouent à se chamailler, l’une volant les jouets de l’autre ou l’empêchant de jouer).

La mise en scène efficace et rythmée, fluide, permet aux artistes qui occupent tout l’espace scénique d’exprimer leur art dans leur complétude : acrobates avec des figures et portées étonnantes la tête en bas, jongleurs avec leur séance de jonglage à l’aveugle, danseurs, et même comédiens. Tous deux offrent à apprécier un large panel de jeu où la technique s’efface derrière l’émotion.

Car s’ils maîtrisent leur art, leur expressivité faciale et corporelle laisse surgir leurs joies et leurs peines, l’une dans une interprétation plus proche du théâtre masqué, voire de la commedia dell’arte avec ses mimiques tordantes (grimaces) lorsqu’elle joue au pirate, l’autre dans une veine plus clownesque avec sa gestuelle plus maladroite. Une belle complicité et générosité se dégagent du rapport entre les deux artistes. Notons ici la savoureuse bataille de chaussettes qui n’est pas sans rappeler les batailles de polochons de notre enfance ou encore leurs jeux de pieds, moment savoureux et drôle qui n’a pas manqué d’amuser les enfants présents ce jour-là.

Les petits, subjugués tout le long du spectacle, ne se sont pas trompés en criant bravo aux deux artistes tant leur performance est réussie et la création aboutie, nous amenant l’air de rien à nous questionner sur nous-mêmes, ce que nous sommes et ce qui nous définit, nous interrogeant également sur notre liberté d’être au sein de la société, au regard de ses règles et normes. Un régal pour petits et grands ! Diane Vandermolina

Interprète(s) : Viola Ferraris, Cristobal Pereira Ber

Mise en scène : Stephane Fortin

Scénographie : Damien Guizard, Stéphane Fortin, Cristobal Pereira Ber

Construction : Damien Guizard, Tomas Pereira Ber, Cristobal Pereira Ber

Composition musical : Erwan Le Guen

Création Lumineuse : Théau Meyer et Stéphane Fortin

Costumière : Colomba Ferraris

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