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Reprendre possession du Off

Parce que nous souhaitons ouvrir nos colonnes aux artistes et leur laisser la possibilité d’exprimer leurs pensées sur les difficultés rencontrées quant à l’exercice de leur métier, nous publions ici la tribune d’un metteur en scène, David Nathanson (de la Cie Les Ailes de Clarence), écrite le 27 juillet 2017, à quelques jours de la fin du festival off 2017, où il exprime ses inquiétudes quant à l’organisation de cette « foire » au théâtre que le festival est devenu avec ses milliers de spectacles présentés et ces centaines de lieux où se cotoient jeunes artistes et têtes d’affiche. DVDM

 

Le festival off se termine bientôt et plusieurs constats s’imposent :

– La date de fin du off pour commencer.Certains (La Manufacture) terminent le 26, d’autres (Le Grenier à Sel) le 27, d’autres (Le Gilgamesh) le 28, la plupart le 30 et le In ayant fermé ses portes il y a 24 heures (le 26 juillet, ndlr), beaucoup de gens qui s’intéressent de près ou de loin au théâtre pensent que le festival est déjà terminé. Résultat : quelques spectacles continuent à attirer du monde, la plupart des autres tirent la langue et tout le monde se demande pourquoi ce festival est aussi long alors que manifestement les spectateurs ont commencé à déserter les salles (photo ci-dessus, ndlr).

– Les prix des théâtres (de certains théâtres) ont encore augmenté, évidemment les prix des locations à Avignon également et beaucoup de gens doivent en ce moment remercier les compagnies de les aider à financer leur deuxième piscine (je ne généralise pas, je sais que certains théâtres ne sont pas du tout dans cette démarche là et ils se reconnaitront sans aucun doute).

– Les durées des créneaux et donc le temps imparti aux montages et démontages : ça n’est pas nouveau mais peut-on raisonnablement demander à une compagnie de mettre 10 minutes à installer un décor dans lequel elle va jouer 1h20 avant de le démonter en 10 minutes également.

– Le formatage des spectacles : produire un spectacle à Avignon, c’est imaginer une pièce qui ne va pas durer plus d’1h20, qu’on ait une ou mille choses à raconter (et l’idée d’une pièce de théâtre est quand même d’en raconter deux, trois). Même si on n’est pas Thomas Jolly, on peut quand même parfois avoir besoin d’un peu plus de temps pour s’exprimer..

 

Bref… impossible de faire une liste exhaustive de ce qui ne va pas au Festival d’Avignon : je n’ai pas parlé des jours de relâches dont le financement n’incombe QU’AUX compagnies, aux cartes off dont la recette ne va QU’A A,F&C et de mille autres petites ou grandes choses qui nous rendent, à nous compagnies, la vie un peu compliquée.

Il y a un an, nous étions plusieurs à avoir eu envie de nous rassembler entre compagnies. Aujourd’hui, il y a urgence.

 

Il faudrait donc :

– Que nous nous fédérions entre compagnies de façon à devenir une force d’opposition mais aussi de proposition pour faire du festival off d’Avignon avant tout un festival des compagnies.

– Qu’un maximum de compagnies qui font, ont fait ou feront Avignon adhèrent à l’association A,F & C qui gère le catalogue du off. Cela coûte environ 30 euros par an et cela permet d’être partie prenante et donc d’avoir une voix qui compte lors des assemblées générales où sont prises les décisions qui NOUS concernent.

 

Ce n’est qu’à ces conditions que les artistes reprendront la main sur un festival qui ne se soucie pas assez d’eux et dont ils sont pourtant l’essence même.

David Nathanson

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