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Mémé Casse-Bonbons, On n’achève pas les vieux

Mémé Casse-Bonbons, On n’achève pas les vieux (au théâtre de l’Observance, Avignon off 2017)

Ce second opus se présente comme une suite de « petits arrangements avec la vie » mais il peut se découvrir au public en tant que spectacle à part entière dans la mesure où Mémé rappelle quelques-unes des anecdotes savoureuses du premier volet*, reprenant également la même terminologie pour parler des réseaux sociaux (fesse de bouc pour FB…) ou des nouvelles technologies. Casse-Bonbons est désormais à la page, elle possède un I-phone (I-foun) chapardé à sa nièce par une des ruses dont elle seule a le secret.

Le public entre dans le vif du sujet dès les premiers pas de Mémé sur scène avec côté cours, un paysage, une photo en noir et blanc encadrée représentant deux fillettes, un lit d’hôpital avec ses coussins et sa couverture blanche. Le décor est planté : nous sommes dans la maison de retraite médicalisée où réside son amie Honorine, un mouroir pour personnes âgées en soins palliatifs c’est-à-dire en fin de vie.

C’est avec beaucoup d’émotions que Mémé rend une dernière visite à son amie récemment décédée, elle la houspille comme à son habitude mais sans grand en train, la tristesse s’est emparée de la mémé revêche, son animosité revendiquée faisant place à une tendresse inattendue, ou presque. Car quand Mémé nous conte sa rencontre avec sa sœur de cœur, la petite Honorine, au pied d’un muret surplombant le lavoir du village aujourd’hui menacé de disparition – le réseau social de l’époque et le poumon de son village, nous explique-t-elle- ses yeux se remplissent de larmes véritables. Souvenirs, souvenirs quand vous nous tenez!

La cassante et acerbe Casse-Bonbons, que l’on découvre avec plaisir douce et touchante, dénonce néanmoins bien vertement, avec son franc parler, les conditions de vie en maison de retraite médicalisée et les maltraitances subies par les vieux dans ces mouroirs : surveillés, gavés de médicaments, obligés de manger à heure fixe, ne pouvant sortir comme bon leur semble, autrement dit, emprisonnés aux mains d’agents de santé peu hospitaliers, sans oublier la promiscuité avec « ces têtes blanches à la queue verte comme des poireaux », l’absence d’intimité dans ces lieux hostiles (couche obligatoire la nuit, toilette par l’aide-soignante le matin…).

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Car sa famille veut l’y envoyer et bien entendu, notre Mémé s’y refuse catégoriquement. Elle veut rentrer chez elle, à la Bouilladisse. C’est alors l’occasion de raconter avec sa verve bien sentie son installation forcée chez son neveu, sa grosse femme et ses deux abominables enfants, la Glue, le petit dernier qui lui demande sans cesse de lui raconter des histoires (le récit du Petit Poucet version mémé est un régal de méchanceté acidulée), et la Corde, la plus grande avec son look gothique d’épouvantail à moineaux. Mémé n’est pas en manque d’imagination pour faire quelques mauvais tours à son neveu et à sa nièce.

Derrière cette rudesse, elle cache un secret : elle ne sait pas dire « je t’aime » ! Pourtant, c’est avec amour qu’elle prend la carte postale envoyée par son Gunther, une carte de Paris avec une date particulière, celle de son anniversaire, le 10 mai. Celle également d’une cérémonie de commémoration dans son village. Ha ! Son village qui en 1990 a célébré le mariage de Léon et Roger ! Son beau village qui, à l’occasion d’un Intervilles mémorable s’est confronté à son voisin la Destrousse, « oublié par le bon dieu tellement il est laid » ! Vous l’aurez compris ce nouvel opus de Mémé est teinté de nostalgie.

Anne Cangelosi offre à Mémé une plus grande profondeur et complexité, subtil mélange de pudeur et fanfaronnade, de douceur insoupçonnée et méchanceté assumée : se découvre alors un peu plus de l’intimité de Casse-Bonbons qui nous révèle sa fragilité, notamment quand elle parle de sa mère qui ne l’a jamais aimée, elle, le vilain petit canard de la maison. Elle se livre avec sincérité, un peu malgré elle, pour enfin « prendre le train et ne pas rester à quai ».

Dans ce volet, la mise en scène, rythmée, repose essentiellement sur une direction d’acteur précise et sensible (d’ailleurs, les interactions avec le public et improvisations sont moindres) même si son écriture use de certains ressorts comiques propres au one man show pour alléger le récit, évitant de tomber dans le pathétique. Notons l’usage parcimonieux des voix off venant étayer les souvenirs de Mémé à bon escient.

In fine, dans ce second opus bien plus théâtralisé**, l’émotion prend le pas sur l’humour pour nous parler d’un sujet difficile avec intelligence (la vie en maison de retraite des personnes du bel âge) et le public, complice, ne se trompe pas en riant aux éclats avec Mémé de ses mauvaises blagues et bons mots, également ému et touché par son récit d’une amitié indéfectible. Un spectacle à voir et une comédienne à découvrir si vous ne la connaissez pas encore.

Diane Vandermolina

Mémé Casse-Bonbons/De et avec Anne Cangelosi/Mise en scène Alexandre Delimoges/Durée : 1h

*(sa passion pour Amour, Gloire Et Beauté ou encore sa rivalité avec Huguette, la siloconnasse, reine de la tapenade de son village, qu’elle croyait amante de son feu Zacharie, ainsi que sa rencontre avec un soldat allemand à l’aube de l’armistice, voire son commerce florissant de sextoys en forme de canard pour réveiller les fauvettes en ruth majeur)

** L’affiche est par ailleurs plus réussie et représentative du spectacle

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Bonus : le livre de Mémé est disponible !

Nous vous conseillons de lire Mémé Casse-Bonbons la belle histoire joliment illustré par William Pasquet : ce dernier a su saisir la complexité de cet attachant personnage, son côté cœur d’artichaut, sa pudeur et fragilité dissimulée, la présentant de dos en couverture, avec sa canne et sa robe violette. Ce petit livre permet de se replonger dans les aventures de Mémé : on y retrouve sa rencontre avec sa nine, sa relation avec sa mère qui ne l’aimait pas, la perte de sa fille morte en bas âge, les hommes de sa vie, son village… le tout agrémenté d’un petit lexique pour les non marseillais ! Chaque chapitre délicatement illustré d’un croquis en noir et blanc se dévore avec plaisir, le style fluide et enlevé d’Anne Cangelosi nous replongeant tête première dans les deux spectacles. Un petit bout de mémé à emporter. DVDM

En vente à l’issue du spectacle, Mémé Casse-Bonbons  la belle histoire, Anne Cangelosi et Alexandre Delimoges, Edition Association Bienvenue à Cajar !

 

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