P1060452 photo Christian DRESSE 2017

Succès mérité pour Lakmé à Marseille

LAKME

Léo Delibes

dimanche 7 mai 2017 – Opéra de Marseille

Dirigé par Robert TUOHY, mise en scène Lilo BAUR

 

« Lakmé » de Léo Delibes, comment une œuvre aussi désuète que l’on a l’habitude de résumer à deux airs célébrissimes dans une Inde fantasmée du XIXème réussit-elle à capter l’attention et à rendre autant d’émotion que ce dimanche après-midi ?

 

Peut-être la promesse d’un instant de grâce dont nous avions besoin, deuxième tour des élections aux enjeux cruciaux oblige. La salle était tendue ce jour-là, tendue mais surtout fébrile de voir et entendre Sabine Devieilhe dans le rôle de la fille du Brahmane.

Lakmé, une histoire d’Amour impossible. Elle est la fille sacrée du brahmane Nilakantha, élevée au  rang de déesse ; Gérald, lui, est l’envahisseur Britannique ; ils se voient et tombent amoureux. C’est interdit, il est blessé, elle meurt… Le tout baigné de fleurs, de parfums et de lumières.

La mise en scène de Lilo Baur nous propose une Inde intemporelle, où les atmosphères sont accentuées et suivent le rythme de l’œuvre. Les décors signés Caroline Ginet suivent cette idée, malgré un tas de compost incongru au premier acte qui doit s’ouvrir dans « un jardin où l’on trouve toutes les fleurs et fruits de l’Inde », le marché du deuxième acte est stylisé par un temple de casseroles rutilantes et le finale sublimé par un jeu de lucioles dans une forêt profonde. Les costumes de Hanna Sjödin sont d’inspiration traditionnelle. Un vrai travail est apporté à la lumière par Gilles Gentner.

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Le plateau est -osons le dire- magnifiquement servi de danseuses à Lakmé, chacun brille et a plaisir à être là. Sabine Devieilhe est Lakmé, la voix sublime, le jeu parfait, superlatif sur superlatif et comble du talent, elle fait briller ses partenaires, elle porte l’ensemble des chanteurs vers le meilleur de leur savoir-faire. Ses duos avec Julien Dran, touchant Gérald, sont intenses. Le Nilakantha de Nicolas Cavallier est imposant. Le duo des fleurs avec Majdouline Zerari mérite à lui seul la réalisation de cette production. Les britishs ne sont pas en reste avec Cécile Galois, Anaïs Constans, Marc Scoffoni qui campe Frédéric, un officier bien empressé auprès d’une Emmanuelle Zoldan habituée de l’Odéon qui faisait ici ses premiers pas sur la scène de l’Opéra : on espère la revoir très vite !

Le chœur de l’opéra de meilleur en meilleur particulièrement dans la scène du marché du deuxième acte.

Robert Tuolhy dirige avec beaucoup de tact et de finesse et rend la partition passionnante.

 

Les marseillais ne se sont pas trompés en offrant un triomphe à ces représentations de « Lakmé » que l’Opéra de Marseille a eu le très bon goût de dédier à la mémoire de la soprano américaine Kathleen Cassello, décédée le 12 avril dernier.

Emeric Mathiou

(c) photos:ChristianDresse

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