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Retour sur le 1ER FORUM ANTI-HAINE – APPEL DES PSYCHANALYSTES

Au Théâtre Toursky,  le 8/04/17

« Une seule porte de sortie, la culture. A vos âmes, Citoyens ! »

LA HAINE EST UNE HOSTILITE PROFONDE, une exécration et une aversion intense envers quelqu’un ou quelque chose. « J’ai un ami qui est xénophobe. Il déteste à tel point les étrangers que lorsqu’il va dans leur pays, il ne peut pas se supporter. » Raymond Devos.

LA XENOPHOBIE est une hostilité à ce qui est «ETRANGER » plus précisément  à l’égard d’un  groupe de personnes ou d’un individu considéré comme étranger à son propre groupe.

Ces deux notions participent de la peur, la peur de l’autre, la peur de celui qui est différent, la peur de perdre sa supériorité, la peur de devoir partager.

Ces deux notions sont contraires à la déclaration des Droits de l’Homme. LA FRATERNITE, une des trois composantes de la devise de la République Française « Liberté-Egalité-Fraternité » est le lien fraternel et naturel ainsi que le sentiment de solidarité et d’amitié qui unissent ou devraient unir les membres de la même famille que représente l’espèce humaine. Elle implique la TOLERANCE et le RESPECT MUTUEL DES DIFFERENCES, contribuant ainsi à LA PAIX.

C’est cette haine, cette peur que le front national veut instiller dans la population, sournoisement.

La fraternité est une valeur de l’humanité qu’il faut défendre pour notre liberté à tous. Isolé, l’être humain s’étiole. Chacun de nous ne peut grandir, ni devenir autonome, et donc libre, sans rencontrer les autres.

Samedi 8 avril 2017, un forum contre la haine a eu lieu au théâtre Toursky à l’initiative de psychanalystes devant une salle comble. Des psychanalystes ont décidé de prendre position dans le débat des présidentielles pour appeler à faire barrage contre Marine Le Pen et le Parti de la Haine. Extrait de leur appel :

« L’idéologie lepéniste menace les libertés publiques. Elle exacerbe les tendances qui portent à l’exclusion, la haine et l’affrontement. C’est pourquoi nous sortons de notre réserve en matière politique pour appeler nos concitoyens à voter avec nous contre les partisans de la haine. »

Des personnalités politiques, artistiques, universitaires, scientifiques ont accepté l’invitation à débattre aux côtés des représentants des principaux candidats en lice face à Marine Le Pen.

Hervé Castanet, professeur des universités, psychanalyste à Marseille, membre de l’Ecole de la Cause freudienne et de l’Association mondiale de psychanalyse, signataire de cet appel explique :

« En prenant l’initiative de ce Forum républicain, nous ne nous substituons pas aux partis politiques et à leurs candidats. Nous nommons un parti et sa candidate dont l’élection ferait advenir un Etat politique dont nous ne voulons pas car il serait antagoniste avec les valeurs de la République. Le psychanalyste est bien placé pour savoir ce qu’est la haine (au plus intime de chacun)…

Il s’agissait donc, lors de ce forum « de faire entendre en quoi l’action, la création, la réflexion de chacun (le juriste, le philosophe, le metteur en scène, le directeur de théâtre, le compositeur de musique, le praticien de la médecine ou de la psychiatrie, le journaliste, le psychanalyste etc.) nécessitent une forme de démocratie et de liberté qui s’opposent à l’idéologie lepéniste malgré ses démentis, ses silences, ses tricheries. »

Richard Martin remercie les personnes qu’il accueille dans son théâtre et en les assurant de son soutien. Puis il rappelle tristement le départ du grand artiste et homme politique, Armand Gatti, compagnon de route, frère de lutte et de cœur. Il appelle également à se rassembler les 5 et 6 mai prochains, après le concert de Souad Massi le 5, pour allumer avec lui au mur du théâtre les mots symboles de notre nation « Liberté égalité fraternité » et pense qu’il est temps de faire souffler un nouveau mistral sur Marseille lors de ce « Faites de la Fraternité » que Richard Martin nous entraîne à partager, tous ensemble.

Se succèdent quatre tables rondes.

Une première réunissant des politiques : Michel Amiel, David Cormand, Alain Hayot, Patrick Mennucci et Christian Kert. Chacun à leur tour, ils exposent leurs points de vue, par tranche de 10 minutes de parole. En exemples, dans le désordre :

– L’appétence pour l’antisystème,

-Daesh et l’extrême droite ont la même représentation du monde,

-Marine invente la laïcité pour en faire une machine de guerre- les votes ne doivent pas être des votes de contestation,

-Le FN essaie de dresser les catégories les unes contre les autres

– Il faudrait instaurer une police qui lutte contre les messages de haine diffusés sur les réseaux sociaux,

-Il en va de notre liberté.

Une seconde table ronde, celle des directeurs de théâtre : Alain Arnaudet, Sylvie Gerbault, Macha Makeïeff, Pierrette Monticelli, Christian Sebille. Tous s’accordent à dire que la culture serait muselée en cas de victoire du FN. Avec un état garant de la liberté artistique, le front national s’emparerait des outils de la république. Christian Sebille insiste, disant que la musique de création n’aurait aucun avenir. Alain Arnaudet explique que « c’est vers les élus qu’il faut aller, leur dire que nous accompagnons la pensée de demain. Nous sommes à des endroits cruciaux ». L’idée primordiale est la pratique de l’altérité, accepter l’autre en tant qu’être différent et la reconnaissance de ses droits à être lui-même, ce qui va à l’encontre totalement de l’idéologie du front national.

La troisième table ronde, celle des médecins : Alain Brieu, Anthony Gonçalvès, Annie Levy-Mozziconacci, Dominique Maraninchi. La médecine, l’hôpital, les malades seraient en danger. Anthony Gonçalvès s’insurge « J’ai déserté l’arène politique… J’incite mes collègues à la reprendre, c’est ce que je vais faire » Attention la Santé serait en danger !

La quatrième et dernière table ronde rassemble des personnalités de pôles différents : Dominique Bluzet, directeur de Les Théâtres, Jane Bouvier, fondatrice de « l’école au présent », Christian Bruschi, professeur de droit, avocat, Michel Gairaud, rédacteur en chef du Ravi, Augustin Giovannoni, professeur agrégé de philosophie, Alexis Nuselovici, professeur de littérature générale et comparée. Jane Bouvier expose la vie d’enfer des enfants d’émigrés sans papiers qui vivent dans des « cabanes » au milieu des rats, dans la pluie et le froid. L’aide qu’elle leur apporte n’existerait plus. Dominique Bluzet affirme avec force : « J’ai accepté de venir quand j’ai su que ça se passait au Toursky. Je ne serais pas allé ailleurs. Si ces gens-là sont là, on n’arrivera plus à se parler. » La réunion se termine.

Richard Martin clôt la rencontre :

« La main tendue de Dominique Bluzet m’engage à ne plus polémiquer. On a parlé de Gatti, d’Hugo. Je suis très touché par les paroles qui ont été prononcées, ce sont des armes. Depuis 20 ans, j’ai vu gonfler la bêtise, banalisée par les propos des leaders de la droite. Une seule porte de sortie : la culture. Nos maisons sont ouvertes à tous. On n’a pas assez fait souffler le mistral sur cette ville. On assiste au massacre de l’intelligence. Lançons le temps des alliances. Que les portes soient ouvertes jour et nuit. Exigeons que nous partagions. Marseille, qui est mon pays, est une surface démocratique. Partageons ! Si on arrive à ne pas se faire peur, ce sera énorme. A vos âmes, citoyens ! »

Deux hommes se lèvent, et s’étreignent. Richard Martin et Dominique Bluzet, aussi émus l’un que l’autre, deux personnes distinctes, différentes, deux façons d’envisager le futur, deux façons de le construire, mais un même idéal, une même croyance en l’humanité, et aujourd’hui une même lutte pour que ce mot ne soit pas écrit en vain :  FRATERNITE.

Danielle Dufour-Verna

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