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26 Mars 2017 : ouverture du Musée Camille Claudel à Nogent sur Seine dans l’Aube en Champagne

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Enfin un musée pour Camille Claudel, dans l’ancienne demeure familiale, situé à une heure de train de Paris !

Une fois n’est pas coutume, nous allons vous présenter l’ouverture d’un musée dans une région éloignée de notre belle Provence (l’Aube en Champagne) mais il nous a paru judicieux de vous donner cette information qui ravira les admirateurs de Camille Claudel, femme sculpteur géniale ayant vécu bien malgré elle les trente dernières années de sa vie à l’asile de Montfavet dans notre région.

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En février 1917, Camille Claudel écrivait au docteur Michaux, celui-là même qui signa en 1913 la lettre de son internement en maison de santé, une lettre relatant les conditions de sa vie à l’asile de Montfavet (dans le Vaucluse): son isolement, sa solitude, l’abandon de sa famille mais également la famine qui sévissait en ces temps de guerre et les privations auxquelles elle était soumise. Un siècle plus tard, un musée lui est enfin consacré : le 26 mars 2017 le Musée Camille Claudel *, dont la conservatrice est Cécile Bertran (qui remplace depuis octobre 2016, Françoise Magny, auteur du projet muséographique en 2013), ouvrira ses portes à Nogent-sur-Seine, ville où l’artiste réalisa ses premières sculptures.

Rétrospective Camille Claudel et mise en regard avec les artistes de son temps

Le musée proposera ainsi une rétrospective de l’œuvre de Camille Claudel avec 40 œuvres exposées (la plus importante collection au monde !) grâce au soutien et à la contribution de sa petite-nièce, Reine-Marie Paris**, dont une partie de la collection privée sera visible désormais au Musée Camille Claudel. Plus largement, une présentation de l’univers artistique dans lequel l’artiste a évolué -avec l’exposition des œuvres de quarante-quatre sculpteurs dont Boucher ou encore Dubois (incluant l’évocation des grandes étapes de leur carrière)- permettra au visiteur, amateur ou novice, de pénétrer l’intimité de la création d’une œuvre ainsi que celle d’une artiste à la personnalité affirmée : cette dernière a contribué indéniablement à renouveler la représentation du mouvement et de la danse, influencée par la figure de Loïe Fuller, avec, pour exemple, la singularité d’une œuvre comme « La Valse » où Camille Claudel réussit le tour de force de ne sacrifier ni le mouvement ni la puissance décorative. Séquencé selon différentes thématiques, le parcours du musée illustre également la très riche production de cette époque, considérée comme l’âge d’or de la sculpture française (1880-1914).

La Valse. Grès flammé H. 41,5 cm • L. 37 cm • Pr. 20,5 cm Origine : Achat à Reine-Marie Paris en 2008 N° d'inventaire : 2010.1.11 Copyright : musée Camille Claudel, Marco Illuminati

La Valse. 1889-1905. Grès flammé H. 41,5 cm • L. 37 cm • Pr. 20,5 cm Origine : Achat à Reine-Marie Paris en 2008 N° d’inventaire : 2010.1.11 Copyright : musée Camille Claudel, Marco Illuminati

Camille Claudel, une femme sculpteur de génie si longtemps mise à l’écart de la lumière

Que dire de plus que ce qui a déjà été raconté autour de Camille Claudel, femme sculpteur de génie insufflant la vie à ses sculptures de marbre, de bronze ou d’onyx,  élève de Boucher, muse de Rodin qui avait deux fois son âge, ayant vécu dans l’ombre de celui qu’on appelle le Maître et au succès duquel elle a grandement contribué, femme délaissée au caractère passionné qui finit les trente dernières années de sa vie à Montfavet, privée de son art sur lequel elle avait fait une croix à son arrivée, enterrée dans une fosse commune dans l’indifférence de tous à l’exception peut-être de son frère pris de remords ? Alors, certes, ces trente dernières années, plusieurs articles, livres, films ont déjà été consacrés à la femme, à l’artiste, à sa relation avec Rodin, Debussy et son frère qu’elle adorait, son petit Paul qui l’abandonna pour courir les océans ….

Cependant, c’est bien la première fois qu’un musée entier lui sera dédié, portant son nom, dans la ville qui est son lieu de  « sa naissance artistique », Nogent sur Seine. Car, même si ses sculptures ont longtemps été exposées dans une salle dédiée à son art au Musée Rodin, rue de Varenne, à Paris. Que plusieurs expositions lui ont été offertes, notamment à Aulnay sous-bois dans les années 90 ou plus récemment aux Beaux de Provence ; un Musée, Jamais ! C’est donc une excellente nouvelle que cette initiative du département de l’Aube d’ouvrir un musée Camille Claudel, une première mondiale dirons-nous, alors que le Grand Palais à Paris fête le centenaire de la mort de Rodin*** et que le musée Ziem à Martigues expose, à l’occasion de l’exposition « Entre ciel et mer » (jusqu’au 23 avril, entré libre de 14 à 18h), le buste de Rodin, une œuvre rare issue des réserves du musée, que Camille avait réalisé en 1897!****

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Camille Claudel Portrait de Rodin Plâtre teinté © Musée Ziem, Martigues

Camille, découverte par Boucher

Revenons à Nogent sur Seine où Camille vécut de 1876 à 1879 et y reçut ses premiers cours de sculpture d’Alfred Boucher.

Pour la petite histoire, c’est en 1876, lors d’une visite qu’il rend à la famille Claudel, qu’Alfred Boucher découvre les modelages réalisés par Camille. Celle-ci, âgée de 12 ans, passe des heures à pétrir la glaise. À la vue de ces premières œuvres, le sculpteur pressent qu’elles expriment déjà un réel talent. Il sera le premier à prodiguer ses conseils à la jeune artiste. En 1881 et 1882, Camille Claudel, installée à Paris, recevait encore les conseils d’Alfred Boucher et le style de la jeune fille se personnalisait déjà, sortant de l’académisme enseigné alors, se rapprochant de celui de Rodin et faisant dire à Paul Dubois, Directeur de l’Ecole des Beaux-Arts lorsque Boucher lui montra le travail de son élève : « mais vous avez pris des leçons avec Rodin ! ». Alfred Boucher sollicita alors, avant de partir pour un séjour à Florence à la fin de l’été 1882, son ami Rodin pour le remplacer auprès de ses élèves. En confiant Camille à Rodin il écrit :  » Jeune fille moqueuse, insolente implacable, cette élève n’est pas comme les autres. Un peu difficile à amadouer, mais après, quel trésor de générosité et de tendresse, si elle vous apprécie, elle vous donnera tout. »

La suite prouvera qu’Alfred Boucher avait vu juste même s’il fallut trop longtemps pour que le monde découvre le talent de Camille Claudel même si son frère écrivait déjà en 1905 à propos de la Valse :  » Cette Valse ivre, toute roulée et perdue dans l’étoffe de la musique, dans la tempête et le tourbillon de la danse […]. « 

Alors, Si vous êtes dans le coin, n’hésitez pas à faire un petit détour par le Musée Camille Claudel le dimanche 26 mars et profitez d’une journée d’exception pour fêter l’ouverture du musée. C’est gratuit pour tous ! Amoureux de Camille, ce Musée vous réjouira ! DVDM

Photo d’en tête : Les bavardes (les causeuses). Bronze et marbre (ou albâtre) teinté H. 32 cm • L. 34 cm • Pr. 24 cm Origine : Ancienne collection Reine-Marie Paris. Acquisition 2008 N° d’inventaire : 2010.1.17 Copyright : musée Camille Claudel, Didier Guy

Infos pratiques : Musée Camille Claudel 10, rue Gustave Flaubert 10400 Nogent-sur-Seine

Gratuit le 1er dimanche de chaque mois/ Tarifs : 7€ et 4 €/gratuit moins de 26 ans/du mardi au dimanche de 11h à 19h.

Site internet : http://www.museecamilleclaudel.fr/

* Programme de la journée du 26 mars : À l’intérieur du musée (de 11h à 19h) : Atelier éphémère : entrez dans l’intimité d’un atelier de sculpteur. Mise en ambiance sonore de salles du musée ; Création chorégraphique par la compagnie Joëlle Bouvier dans l’auditorium à 15h15, 16h et 16h45 ; Visites individuelles jeune public (à partir de 6 ans) : Découverte des collections permanentes – 15h (45 mn) ; À la découverte de Camille Claudel (1864-1943) – 16h (45 mn) ; Visites commentées : Découverte de collections permanentes – 11h30, 14h (LSF) et 15h30 ; Camille Claudel (1864-1943) – 14h, 15h et 16h (LSF). Réservation conseillée pour les visites au 03 25 24 76 34. À l’extérieur du musée (à partir de 11h) : des découvertes émailleront cette journée.

A noter ! Samedi 25 mars (à partir de 21h), Le Grand bal de Camille, avec Le Bringuebal,  collectif de musiciens proposant un bal mêlant rock, valse, tango, chanson française, mambo, cha-cha-cha, swing, jazz à la Salle Agora Michel Baroin, avenue de Saint-Roch, 10400 Nogent-sur-Seine. Entrée gratuite.

**Petite fille de Paul Claudel, également auteur d’un catalogue raisonné de l’œuvre de Camille et d’une biographie parue en 1984 chez Gallimard, à l’origine de  l’Association pour la promotion de l’œuvre de Camille Claudel.

***http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/rodin-lexposition-du-centenaire

**** A cette occasion, le musée Ziem organise une conférence  autour de Rodin, Claudel, Moreau avec Lucienne Del’Furia, conservateur en chef du musée Ziem, jeudi 30 mars à 18h dans la Salle des conférences, hôtel de ville de Martigues. http://www.ville-martigues.fr/culture-sport-et-loisirs/musee-ziem-1708.html